Iris Delagrange
La mobilisation face au déménagement des services de gynécologie et pédatrie du Centre Mère-Enfant de l’Hôpital du Suroît est à la hauteur du mécontentement des citoyens et organismes du Haut-Saint-Laurent; une fois de plus, un service essentiel s’éloigne de la région.
En effet, le Centre intégré de santé et de services sociaux de la Montérégie-Ouest (CISSSMO) a annoncé il y a déjà quelques temps la délocalisation de ce service vers le nouvel hôpital de Vaudreuil, créant une vague de contestations des habitants de la Vallée; après des fermetures à Huntingdon et Ormstown dans le passé, voici que les familles qui attendent un enfant devront faire encore plus de route avant de pouvoir recevoir ces services, Valleyfield et Châteaugauy étant les deux seules destinations “locales” pour obtenir un suivi et donner naissance.
Pour Rémi Pelletier de la CDC du Haut-Saint-Laurent, cela est inadmissible. “Notre région étant en pleine croissance, que nous travaillons fort pour attirer des familles, des professionnels et des travailleurs, nous devons améliorer les services de proximité. Pas les retirer,” explique le coordonnateur.
Pour Rachel Arsenault, jeune maman et résidente de Dewittville, choisir d’accoucher à Valleyfield était une évidence: “ J’ai choisi Valleyfield précisément pour sa proximité. Ma date prévue était le 18 février et je redoutais la route en cas de tempête. Valleyfield est déjà loin pour quiconque vit au sud d’Huntingdon, je trouve vraiment dommage de diminuer les services offerts alors qu’on ne parle déjà pas vraiment de proximité.”
Nouveau comité de coordination
Le 20 juillet dernier, la CDC de Beauharnois-Salaberry s’est jointe à la mobilisation, publiant un communiqué de presse adressé au gouvernement provincial et au CISSSMO, rappelant que “malgré les résolutions de six municipalités, d’une MRC et de six organisations communautaires, du Syndicat de Champlain, section Suroît, et celle de l’UPA de Beauharnois-Salaberry, la direction du CISSSMO refuse de revenir sur sa décision.” L’APTS (Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux) pour la Montérégie-Ouest s’est également jointe à la lutte le 5 août dernier.
L’alternative, comme par exemple la présence d’une maison de naissance dans les environs, n’est pas non plus une option viable. En effet, même si les maisons de naissance sont de plus en plus convoitées (et sont par ailleurs victimes de leur propre succès et affichent des listes d’attente parfois longues), celles-ci ne remplacent pas les services médicaux traditionnels.
Le centre mère-enfant, en plus d’être un service de première ligne, jouit d’une bonne réputation auprès des familles, comme le confirme Rachel Arsenault: “Le service était très bien. Toutes les infirmières et la médecin avaient lu mon plan de naissance et ont tenté de respecter mes préférences. Ça s’est malgré tout terminé par une césarienne d’urgence. Une autre urgence a eu lieu en même temps, c’est donc une deuxième équipe d’opération qui a été mobilisée en une trentaine de minutes et, pour vrai, les gens étaient sympathiques (c’était leur vendredi soir de Saint-Valentin quand même).”
Un nouveau comité de coordination a donc été mis en place afin de rassembler les différents milieux sous un même toit; le mouvement de contestation, qui avait démarré en mars dernier, a été mis “sur pause” comme beaucoup d’autres choses pendant la crise active du COVID-19 au Québec. Depuis que la province recommence petit à petit à revivre un peu plus normalement, la lutte doit donc reprendre activement.
Formé des directions des Corporations de Développement Communautaire de Beauharnois-Salaberry et du Haut-St-Laurent, Édith Gariépy et Rémi Pelletier, de Pierre LaGrenade représentant de la coalition intersyndicale du Suroît, COTON-46, de la conseillère municipale de Salaberry-de-Valleyfield, France Chenail, ainsi que de Dominique Gagnon, professionnel retraité du réseau de la santé et des services sociaux, ce comité de coordination affiche des objectifs et intentions claires: maintenir l’attention sur cet enjeu durant l’été; augmenter les appuis autour de la mobilisation pour accentuer la pression politique; et amasser des dons pour nous donner les moyens de nos ambitions.
Avec plus de visibilité, ce comité permettra peut-être de faire changer les choses car l’accès aux services médicaux essentiels, tout comme l’accès au logement et au transport, sont des enjeux de taille dans une MRC rurale comme celle du Haut-Saint-Laurent.

