« Les personnes qui traversent les boisés en plein hiver pour tenter d’atteindre le Canada ne sont pas des criminels », affirme Wendy Ayotte de Créons des ponts, un organisme basé à Hemmingford qui vient en aide aux demandeurs d’asile. « Il n’est pas illégal de franchir une frontière internationale de manière irrégulière pour demander une protection ».
S’exprimant au nom de l’organisation, Mme Ayotte se dit très troublée par la façon dont les gens sont de plus en plus criminalisés par le langage utilisé par la GRC et d’autres autorités locales, y compris celles qui ont collaboré avec la GRC pour produire un dépliant l’automne dernier qui associe les demandeurs d’asile à la criminalité transfrontalière et à des individus et des activités suspects.
« Nous comprenons que la GRC peut sauver des vies et nous apprécions le travail qu’elle accomplit, déclare Mme Ayotte, mais sauver des vies et criminaliser des personnes ne doivent pas, de rigueur, aller de pair ».
Mme Ayotte affirme que le nombre de visiteurs a considérablement augmenté sur le site web de Créons des ponts, qui contient des informations destinées aux demandeurs d’asile souhaitant venir au Canada, notamment des détails sur l’Entente sur les tiers pays sûrs (ETPS), qui empêche les demandeurs d’asile en provenance des États-Unis de revendiquer leur statut au Canada.
Créons des ponts est également membre du réseau Canada-US Border Network, qui a créé une clinique juridique virtuelle pour les personnes en quête de sécurité à la frontière, appelée Canada-US Border Rights Clinic. Selon Mme Ayotte, la clinique a vu doubler le nombre de personnes demandant des conseils juridiques. Souvent, les personnes qui s’adressent à la clinique sont celles qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier des exceptions prévues par la l’ETPS.
« C’est affligeant », dit-elle, soulignant que les personnes interceptées par la GRC sont amenées à l’Agence des services frontaliers du Canada, où leur demande de statut de réfugié est traitée. « Il est très probable qu’elles soient renvoyées aux États-Unis, car très peu de personnes remplissent les conditions requises par l’ETPS – possiblement personne », explique-t-elle. La plupart d’entre eux seront détenus aux États-Unis, puis éventuellement expulsés vers un endroit où ils ne sont pas en sécurité.
Malgré cette clause, Créons des ponts soutient que l’ETPS est moralement répréhensible et incompatible avec le droit international. En vertu de cet accord, le Canada est tenu de s’assurer régulièrement que les États-Unis respectent les normes internationales en matière de droits de l’homme. Mme Ayotte se demande comment cela peut être le cas, compte tenu de la position radicale de l’actuelle administration américaine sur les migrants et l’immigration.
« Notre position générale reste la même : l’ETPS doit être, au moins, suspendue », déclare-t-elle.

