The Gleaner
Agriculture

De Godmanchester au Montréal Plaza

« On ne réussissais pas à vendre nos légumes » se désole Antony Favron-Kneeshaw. « Alors je me promenais à Montréal avec une auto pleine de bacs de légumes frais. Je suis entré dans un resto et j’ai demandé de voir le chef. Je lui ai montré une de nos laitues sucrines, et il a adoré. Il m’a tout acheté ! » s’exclame le jardinier maraîcher en démarrage.

Le restaurant, c’était le Montréal Plaza, le No. 7 des meilleurs restaurants au Canada selon Canadas100best.com, et le chef cuisinier, c’est Charles-Antoine Crête, une vedette de la cuisine Québécoise ayant servi notamment de bras droit à Normand Laprise au restaurant Toqué! pendant plusieurs années. 

« Si j’avais su qui c’était, j’aurais probablement été trop gêné pour me présenter », poursuit le jaune co-propriétaire de la ferme Les Jardinosaures située à Godmanchester sur le chemin Carr, qui produit, ensemble avec sa conjointe Héloïse Piché-Couturier, une quarantaine de variétés de légumes et livre au Montréal Plaza à toutes les semaines depuis déjà deux ans.

C’est un véritable coup d’éclat pour la ferme maraichère, installée sur la terre depuis 2018 et certifiée biologique depuis 2019. Le démarrage des petites fermes maraîchères est souvent turbulent, car il ne suffit pas de cultiver des bons légumes. Une maîtrise du marketing, des réseaux sociaux et de la mise-en-marché directe est essentielle, et il faut aimer tisser des liens souvent intimes avec la clientèle en « circuit court », avec un maximum d’un intermédiaire entre le fermier et la personne qui mange les produits de la ferme.

Selon Antony, c’est justement sa grande sensibilité aux enjeux des jardiniers maraîchers bio qui a amené M. Crête à s’approvisionner chez Les Jardinosaures de Godmanchester.  « Il se donne le devoir de soutenir les maraîchers. « Je lui demande des fois ce qu’il a l’habitude de payer pour un légume. Il me répond : charges moi le prix pour que tu sois capable de m’en faire pendant 20 ans »!

En visite à la ferme sur le chemin Carr à Godmanchester, à 10 minutes de Huntingdon, on se retrouve dans une oasis de verdure et de biodiversité avec vue sur les montagnes Adirondacks au sud.

 

A line of tractors driving down a county road.
Antony Favron Kneeshaw devant laménagement en biodiversité à sa ferme maraîchère diversifiée biologique à Godmanchester PHOTO Ian Ward

 

Caché derrière un impressionnant four à pizza, façonné d’argile, qui sert de lieu de rassemblement hebdomadaire pour la famille, les clients et les amis, un jardin luxuriant s’étale sur 2 acres, laissant croire qu’il s’agit d’un milieu vivant autant pour les humains que pour la faune. 

De multiples nichoirs pour oiseaux sont installés à même le champ de légumes dans des haies arbustives fleuries, plantées à intervalles régulières. En plus de son esthétisme indéniable, cet aménagement joue un rôle important dans la lutte contre les nombreux insectes ravageurs des légumes, car il attire les oiseaux et les insectes bénéfiques, des prédateurs naturels, afin de réduire les interventions humaines. Cette agriculture dite « intégrée », est un incontournable pour M. Favron-Kneeshaw et sa conjointe, qui souhaitent travailler dans le plus grand respect de la nature.

Et pour cause, car les fermes Québécoises sont de plus en plus nombreuses à acheter des insectes bénéfiques pour s’attaquer aux ravageurs des cultures, et les aménagements en biodiversité, comme celui des Jardinosaures, sont désormais reconnus comme outils efficaces pour réduire l’utilisation des pesticides par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

La grange abrite également la plus importante maternité de petites chauves-souris brunes en Montérégie, une espèce en voie de disparition. « On aimerait trouver un financement pour les garder pour pouvoir rénover la grange et garder nos outils. On pourrait leur donner un espace et cohabiter ensemble », déclare le maraîcher, qui soutient même qu’il pourrait ainsi récolter le guano, une excellente matière fertilisante, pour la répandre sur ses terres.

Le moins qu’on puisse dire c’est que les projets ne manquent pas à la petite ferme de Godmanchester, mais à la lumière des réalisations déjà impressionnantes du couple, de pair avec l’énergie et la passion que dégage M. Favron-Kneeshaw pour le maraîchage et la vie en général, on peut supposer que le meilleur est à venir.  

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