Cette terre sur laquelle nous vivons et ces routes que nous empruntons étaient autrefois habitées par nos ancêtres. Certains de ceux qui vivent aujourd’hui s’intéressent de près à ces vies et à ces histoires.
Le paysage moderne est parsemé de cimetières, dont certains sont remplis de tombes non marquées, rendues à la nature. Un tel cimetière se trouve sur la route 138A, à mi-chemin entre Dewittville et Ormstown ; un monument y est érigé en l’honneur de la première église catholique de la région, l’église Saint-Malachie d’origine. Au départ, il s’agissait d’une église missionnaire qui accueillait des prêtres en visite. Par la suite, une chapelle, soit une petite église, a été construite par des colons français et irlandais. Au fil des ans, Huntingdon est devenue plus peuplée que Dewittville, ce qui a incité le père Terence Kiernan, le prêtre de l’époque, à lancer, en 1852, une initiative visant à établir une église à Huntingdon. Cette tâche fut accomplie par le prêtre suivant, le père Edmund Doyle, qui déplaça le presbytère à Huntingdon.
À cette même époque, les catholiques de Huntingdon ont commencé à enterrer leurs morts sur un terrain qui, plus tard, est devenu l’emplacement de l’église Saint-Joseph. En 1861, la petite chapelle est abandonnée et les paroissiens d’Ormstown et de Huntingdon vont à l’église dans leur village respectif. Derrière l’église actuelle, se trouvent les tombes de plus de 400 personnes, françaises et irlandaises, âgées de plus d’un an et d’une centaine de personnes âgées de moins d’un an. Il reste quelques pierres, mais beaucoup sont tombées et illisibles. Il y a quelques années, Dan Mark, de Hemmingford, a visité le cimetière, pris des photos des pierres existantes et recherché dans les registres paroissiaux disponibles en ligne les noms des personnes qui y sont enterrées. Ces informations sont disponibles sur le remarquable site Web Find a Grave. https://www.findagrave.com/cemetery/2703047/saint-joseph-catholic-cemetery-old
C’est en 1893 que le nouveau cimetière a été ouvert et que les gens ont commencé à y enterrer leurs proches, plutôt que dans l’ancien cimetière derrière l’église, qui était plein. Presque immédiatement, des paroissiens ont décidé de déplacer les corps de l’ancien cimetière vers le nouveau. Cette opération a été enregistrée au fur et à mesure des réinhumations. En consultant la liste des réinhumations, j’ai pu mettre à jour les noms pouvant être retrouvés dans le nouveau cimetière sur le site Find a Grave.
En travaillant à partir du site web et des registres paroissiaux disponibles sur les sites Family Search et Ancestry, j’ai pu rassembler les noms pour former une liste. Dans certains cas, un seul des conjoints est enterré à Saint-Joseph parce que l’autre est décédé avant l’ouverture du cimetière. Quelques-uns sont enterrés avec leur partenaire dans l’ancien cimetière, bien que le nouveau cimetière ait déjà été ouvert.
En parcourant les registres, j’ai été amusée de constater que les prêtres irlandais écrivaient mal les noms français et que les prêtres français écrivaient mal les noms irlandais. En gardant cela à l’esprit, j’ai recherché les actes de baptême et de mariage ainsi que les actes de sépulture pour essayer d’être aussi précise que possible.

Ces colons ont vécu des vies très difficiles. Deux des sœurs de John Flynn, mon arrière-arrière-grand-père, étaient Ann Flynn Martin et Margaret Flynn Hughes. Toutes deux mariées à 16 ans, elles ont eu respectivement 9 et 11 enfants et sont mortes à 45 et 44 ans. Une autre sœur, Ellen, s’est mariée à 18 ans et est partie vers l’ouest avec son nouveau mari, avant de mourir en chemin. Il l’a ramenée pour qu’elle soit enterrée à Huntingdon. J’ai pensé qu’il était important que l’on se souvienne de ces vies et de toutes les vies d’ancêtres disparus depuis longtemps. Ce sont principalement des Français et des Irlandais qui sont enterrés à ce cimetière : les Tessier, les Castels et les Galipeau reposent aux côtés des Feeny, des McCaffrey et des Murphy, pour n’en citer que quelques-uns.
Lorsque la liste a finalement été complétée, j’ai demandé aux marguilliers l’autorisation d’installer un panneau. Ils m’ont apporté leur soutien et se sont montrés intéressés par l’histoire de la recherche. J’ai ensuite contacté Sylvie Dumas, des Enseignes Dumas, à Ormstown. Les panneaux ont finalement été installés l’automne dernier, à côté de l’entrée de l’ancien cimetière. Merci à Clément Hénault, André Taillefer et Bill Martin pour l’installation. Ici encore, seules les personnes âgées de plus d’un an sont mentionnées, mais une liste complète est disponible pour les personnes intéressées. De plus, l’histoire de l’église et des pasteurs se trouve sur le site web de la paroisse.
Il existe un proverbe irlandais qui dit : « Il y a trois morts. La première, c’est quand le corps cesse de fonctionner. La deuxième, c’est lorsque le corps est déposé dans la tombe. La troisième, c’est le moment, dans le futur, où votre nom est prononcé pour la dernière fois ». Alors pourquoi ne pas passer pour prononcer ces noms une fois de plus?

