Les inquiétudes concernant le développement de l’énergie éolienne dans le Haut-Saint-Laurent se sont intensifiées au cours des dernières semaines. Des pétitions circulent en ligne et sur les réseaux sociaux, où l’idée de former des groupes d’opposition citoyenne suscite de plus en plus d’intérêt.
Lors de la consultation publique organisée le 29 avril par la MRC de Beauharnois-Salaberry, plusieurs personnes qui se sont exprimées contre l’implantation éventuelle d’éoliennes dans la région provenaient de municipalités voisines du Haut-Saint-Laurent.
L’énergie éolienne a également été évoquée à plusieurs reprises par les citoyens ayant participé à sept consultations différentes sur l’aménagement du territoire qui tenues en février et mars dans différentes municipalités du Haut-Saint-Laurent. Un règlement de contrôle provisoire interdit actuellement tout développement de parcs éoliens sur le territoire du Haut-Saint-Laurent. Cependant, on s’inquiète de plus en plus du fait que les révisions à venir du plan d’aménagement du territoire de la MRC, en réponse aux nouvelles lignes directrices émises par la province (OGAT), pourraient nécessiter des modifications au règlement.
La députée de Huntingdon, Carole Mallette, a confirmé lors d’une entrevue avec Le Gleaner que les lois et règlements relatifs à l’aménagement du territoire relèvent de la compétence municipale, où les maires et les conseils municipaux élus localement sont habilités à prendre des décisions. « Il est très important pour moi de dire que nous, dans le Haut-Saint-Laurent, avons le pouvoir de décider de notre propre aménagement du territoire », a-t-elle déclaré, soulignant qu’elle considère qu’il est désormais clair qu’il existe une forte opposition aux éoliennes dans la région.
Mme Mallette a expliqué qu’il n’était pas possible pour une entreprise, comme Hydro-Québec dans le cas des éoliennes, de passer outre les pouvoirs décisionnels locaux. La société d’État a lancé un appel à projets, dans le cadre duquel elle achètera l’énergie produite par des éoliennes érigées par des entreprises privées travaillant en partenariat avec les municipalités, et où les projets se sont avérés socialement acceptés.
Elle a noté qu’une carte publiée par Hydro-Québec, qui identifiait le corridor Huntingdon-Châteauguay comme ayant une capacité d’intégration pouvant atteindre 1 000 MW, suscitait également l’inquiétude dans la région. Mme Mallette a confirmé auprès d’Hydro-Québec que cette carte était une représentation technique et que seule la capacité de raccordement au réseau avait été prise en compte. Il y a certes une différence entre la capacité du réseau à intégrer 1 000 MW et le potentiel éolien de la région, que Hydro-Québec n’a pas mesuré.
La députée a souligné que la carte avait effectivement alerté les prospecteurs sur le potentiel d’intégration énergétique de la région. Mais, a-t-elle expliqué, la présence de prospecteurs et de promoteurs éoliens – tels qu’Innergex, qui aurait possiblement rencontré trois municipalités du Haut-Saint-Laurent et des agriculteurs de la région pour évaluer l’intérêt public – ne signifie pas pour autant que les règlements municipaux soient susceptibles d’être modifiés.
« Il ne s’agit ni d’un projet, ni d’un appel à projets spécifique à notre région », a déclaré Mme Mallette, qui insiste sur le fait qu’il n’y a pas de motif immédiat d’inquiétude dans le Haut-Saint-Laurent.
Anick Lacroix, Coordinatrice aux communications pour la MRC du Haut-Saint-Laurent, a confirmé que l’administration régionale prévoit d’organiser des consultations publiques spécifiquement sur le développement de l’énergie éolienne. Elle a toutefois précisé : « Ça va être plus tard que tôt ».
La MRC examine les projets qui ont été réalisés dans d’autres municipalités, y compris les évaluations du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), ainsi que les recherches sur les impacts sur la santé et d’autres enjeux potentiels. « Ça peut sembler long pour les gens, mais ce n’est pas un manque de volonté, c’est de bien faire les choses », a-t-elle expliqué, soulignant qu’il n’y a eu aucune pression de la part des municipalités ni aucune suggestion visant à modifier le règlement.
Mme Lacroix a indiqué que, comme la MRC est en train de réviser son plan d’aménagement du territoire conformément aux directives gouvernementales, elle doit évaluer le potentiel éolien de la région. « Notre but c’est d’utiliser les fonds publics à bon escient, de faire l’exercice correctement puis d’avoir les résultats exacts du premier coup, puis de ne pas être obligé de recommencer puis de repartir un débat parce qu’on sait que c’est un sujet qui tient à cœur à tout le monde », a-t-elle expliqué. La MRC consultera également la population sur d’autres sources d’énergie alternatives qui pourraient être mises en place.
« On va écouter les gens, on va s’inspirer de tout ce qui est disponible comme informations sur les conséquences. Pour être sûr de prendre une décision éclairée », a déclaré Mme Lacroix, qui a souligné qu’aucun membre de l’équipe de la MRC n’avait le pouvoir de prendre ces décisions de son propre chef. « C’est le conseil des maires, donc il faudrait qu’il y ait une majorité, soit par vote ou la double majorité avec la population pour réouvrir la question du dossier ».

