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État des lieux : détresse des enseignants et deuxième vague de COVID-19

Iris Delagrange

Même si la situation dans les écoles de la Commission scolaire de la Vallée-des-Tisserands est stable et qu’il y a peu de cas, les professeurs sont à bout. Dans plusieurs établissements de la région, plusieurs enseignants et membres du personnel sont en arrêt maladie — épuisés — et ceux qui restent tentent de se convaincre que tout va bien aller après les fêtes, malgré l’incertitude qui plane au-dessus des écoles et pour la suite des choses.

Pour une enseignante en primaire d’une des écoles du Haut-Saint-Laurent, les temps sont particulièrement difficiles; dans sa classe de troisième année, elle a deux cas compliqués. Privée d’aide spécialisée, elle doit gérer les comportements excessifs de ces deux petits en plus de devoir gérer les règles sanitaires mises en place depuis la rentrée en septembre dernier.

« Je suis au bord de la crise, raconte-t-elle en soupirant. Je ne dors plus, j’ai l’estomac noué en arrivant au travail le matin. J’aime mon métier, mais je ne peux pas le faire comme il faut. Je suis découragée. » Et elle n’est pas la seule. Après des années de coupures budgétaires, la pandémie de COVID-19 est un peu la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour beaucoup. Une collègue, qui a pourtant 30 ans d’expérience, est en arrêt maladie depuis la mi-octobre et ne compte pas revenir de sitôt.

« Les problèmes que nous avions déjà avant la COVID sont exacerbés. Certaines personnes parlent de changer de métier au complet, » explique-t-elle, découragée. Dans sa classe, trois élèves sont également à la maison car des proches à risque vivent sous leur toit. Elle doit donc faire le suivi virtuel pour ces trois enfants, en plus du reste. Sur ces trois élèves, un enfant présente des troubles d’apprentissage graves. « Lorsque j’ai su qu’il devait rester à la maison pour des raisons de santé, mon cœur a manqué un battement … Ce petit garçon-là risque de ne plus jamais revenir en classe … Je ne sais pas quoi faire pour lui, » soupire-t-elle.

Bien qu’encadrée par son école et le CSVT, l’enseignante se sent bien seule et désarmée face à la situation. Toute la journée, elle joue à la police. Le masque, la distance, le lavage des mains, le passage aux toilettes, les repas, les récréations. « C’est un cauchemar sans fin, qui revient chaque jour. »
Une autre collègue, qui vient tout juste de démarrer sa carrière d’enseignante, pense déjà à quitter. Après quatre ans de retour aux études, le contexte actuel jumelé avec les conditions qui existaient déjà dans les écoles l’a déjà découragée.

« J’ai tenté de la rassurer, de lui dire que normalement, notre métier est un métier extraordinaire, mais je sens que mes mots ne pèsent pas bien lourd, » poursuit l’enseignante, qui a hâte au congé de Noël.
« Depuis septembre dernier, c’est une course. Une course contre le virus, qui entre quand même dans les établissements malgré des précautions draconiennes, et une course contre le stress — des enfants, des parents et des enseignants. Je ne vais pas vous le cacher, je suis épuisée. » Elle dit se ressourcer en allant marcher en forêt et en pratiquant le yoga, mais avoue que beaucoup de gens autour d’elle n’ont pas les ressources nécessaires pour faire de même. « La majorité de mes collègues prennent des médicaments pour dormir et contre le stress. »

L’espoir d’un vaccin dans un avenir plus ou moins proche la rassure, comme beaucoup d’autres gens, mais la professeure avoue que cela ne sera pas non plus une solution miracle, surtout si dans un premier temps seulement la population à risque a accès au vaccin. « Les enfants ne sont pas prioritaires et nous non plus, » ajoute-t-elle. « Nous allons attendre encore un bout, je crois. Il va falloir finir l’année dans ces conditions et quand je vois ou l’on en est après quatre mois, je ne sais pas dans quel état on va être en juin. »
Les enseignants et leurs syndicats ont lancé un appel au ministère mais l’appel est resté sans réponse.

« Les enseignants, les gens des services de garde, on n’y pense pas. S’il n’y a pas d’éclosions, pas de problèmes, on pense que c’est business as usual, s’indigne-t-elle. La vérité c’est qu’il y a une grande détresse psychologique chez les enseignants et que personne n’en parle. »

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