Les entreprises locales s’adaptent à l’incertitude provoquée par l’administration Trump aux États-Unis.
Les répercussions des droits de douane et les rumeurs d’une flambée de la guerre commerciale ont atteint la région, entraînant une baisse des marges bénéficiaires, des décisions difficiles et beaucoup d’inquiétude pour la communauté d’affaires locale.
Jonathan Turenne, propriétaire des supermarchés IGA à Ormstown et Huntingdon, explique que même si les entreprises comme la sienne tentent de s’adapter, cela ressemble davantage à de l’improvisation.
« Quand tu vis de l’incertitude, c’est que tu n’es pas capable de prévoir sur du long terme, donc tu ne peux pas prévoir la stabilité. On essaie de faire des projections sur du long terme pour se donner une ligne directrice, puis on la corrige à chaque semaine, presque à chaque jour. ».
M. Turenne dit également remarquer les effets de l’incertitude sur la population. « On commence à voir de façon globale au Québec qu’il y a des compagnies qui ferment, qu’il y a des compagnies qui baissent leur volume de production. Il y a des emplois qui se perdent. Ici, on est quand même assez proche des lignes américaines. C’est un endroit stratégique pour les gens qui font de l’export, qui font de l’import. C’est sûr qu’on va le ressentir », dit-il, soulignant que les clients hésitent à dépenser.
Cependant, ils dépensent davantage pour des produits locaux, canadiens et québécois. M. Turenne précise que, bien que positive, cette tendance entraîne des répercussions sur la disponibilité des produits et sur les résultats financiers. « Les produits locaux sont plus demandés partout, ils sont donc plus difficiles à obtenir », explique-t-il, ajoutant que cela a une incidence sur les prix.
« Souvent, on fait des promotions à perte pour attirer des clients, pour vendre d’autres produits », explique M. Turenne. Tu annonces un produit et tu es obligé… La perte est plus grande que prévue parce qu’il y a eu une incidence sur de prix et la demande est là », explique-t-il, soulignant que le fait que les clients veulent des produits toute l’année complique encore les choses.
Le catalogue d’achat suit la production mondiale afin de garantir, par exemple, qu’il y ait toujours des raisins ou des fraises en rayon. Les prévisions de production sont établies un an à l’avance, avec une petite marge de manœuvre du côté de l’offre pour tenir compte de l’impact des conditions météorologiques. « Rendu à trois mois, t’es figé, tes achats sont fixés. C’est compliqué à gérer, puis veut, veut pas, l’impact qu’on vit aujourd’hui, c’est sur des décisions qu’on a faites pratiquement avant l’élection de Trump, explique M. Turenne. On est un peu pris avec », dit-il en haussant les épaules.
Les entreprises d’approvisionnement agricole également touchées
Michel Laplante, propriétaire de Les Équipements Laplante et Lévesque Ltée (L&L) à Ormstown, dit qu’il a également dû s’adapter à cette période d’incertitude. Environ 10 % de ses produits proviennent des États-Unis, et il a décidé d’investir dans bon nombre d’entre eux avant l’imposition des droits de douane le 2 avril. Aujourd’hui, dit-il, ce sont les contre-mesures canadiennes qui pourraient avoir un impact sur son entreprise de matériel agricole.
« On a rentré beaucoup de matériel qu’on n’a pas besoin immédiatement, mais qu’on aura besoin cet été », explique M. Laplante, précisant qu’ils vérifient les codes sur les stocks entrants pour voir si les prix ont augmenté et si les droits de douane sont inclus. L’acier est devenu plus cher, par exemple, et les fournisseurs n’ont eu d’autre choix que d’augmenter leurs prix. « On le subit, puis il faut s’ajuster. Et mes clients qui ont signé un contrat, ils ne veulent pas payer le 25% de tarif », admet-il.

Il dit que, comme M. Turenne, il sent que les clients hésitent à dépenser en ce moment. « On le voit chez mes clients du secteur laitier. La gestion de l’offre c’est un gros enjeu, et les États-Unis, ils n’aiment pas ça, la gestion de l’offre », dit-il, soulignant que les producteurs laitiers doivent également se conformer à de nouvelles réglementations en matière de bien-être animal. « Il faut qu’ils investissent pour s’adapter. Il y en a qui vont carrément lâcher. Il y en a d’autres qui vont investir puis vont grossir. C’est un peu le même dans toutes les industries. Tu t’adaptes où tu lâches. Mais là, ils ont des dépenses à faire, et en arrière de la tête, ils se demandent si le quota va rester », explique-t-il.
La valeur de la communauté
M. Turenne a acheté les deux supermarchés IGA il y a un an. L’une de ses premières décisions a été d’adhérer à l’Association des gens d’affaires d’Ormstown et des environs (AGAO+). « C’est important d’être présent sur la scène locale », dit-il. M. Laplante précise que même si l’association n’est pas essentielle à son entreprise, il y a adhéré pour soutenir et encourager les entrepreneurs qui se lancent dans la communauté.
Tous s’accordent à dire qu’il est important de rester optimiste. « Quand on finit par arriver dans des situations, tout le monde se positionne rapidement pour faire ce qu’il faut pour que les choses marchent, dit M. Turenne. On va trouver des solutions. On a toujours été fort pour ça ici. Les gens vont s’organiser, les gens vont trouver les moyens de s’entraider où qu’ils peuvent ».
M. Turenne affirme que les clients ont également confiance dans les produits locaux. « Quand tu dis que c’est un produit qui est fait au Canada, qui est fait au Québec, les gens n’ont même pas l’arrière-pensée de penser que ça va être un produit de bas de gamme. Ça va être un produit de bonne qualité. On n’a pas besoin de se battre pour justifier la valeur de ce qu’on fait ici. Moi, c’est le point qui fait qu’il n’y a pas de raison, présentement, d’avoir de crainte ».
Quant à l’incertitude qui plane à l’horizon, M. Turenne estime que les entreprises doivent espérer qu’il ne s’agit que d’un nuage noir qui passera rapidement.

