The Gleaner
Nanette

La pomme ne tombe jamais loin de l’arbre

À l’occasion de la fête des Mères, j’ai eu envie d’écrire quelques lignes à propos de ma mère.

Maman a quitté son corps terrestre il y a de cela onze ans. Lorsque j’étais une adolescente rebelle, nous nous disputions à propos de tout. Presque tous les jours, lorsqu’elle me conduisait à l’école, nous nous disputions pendant tout le trajet, et je sortais de la voiture en colère, en claquant la porte.

Je sais que pendant son adolescence, Maman voulait travailler dans l’industrie du spectacle. À 19 ans, elle a auditionné pour des rôles dans des comédies musicales, mais, selon elle, elle n’a pas été choisie parce qu’elle « n’était pas assez jolie ».

Néanmoins, elle m’a bien préparée; elle m’a donné des cours de piano et de violon, ce qui m’a permis d’apprendre à lire la musique. Cela m’a ouvert de nombreuses portes, non seulement en tant que chanteuse, mais aussi en tant que musicienne.

Les années ont passé et, environ dix ans après le décès de mon père, Maman n’était plus en mesure de s’occuper d’elle-même, si bien que j’ai été obligée de la transférer dans une résidence. Par chance, elle était heureuse dans son nouveau domicile. La résidence était confortable et accueillante, et tout le monde était sympathique. J’avais engagé une infirmière privée afin de m’assurer qu’elle reçoive plus d’attention, et j’allais la voir toutes les quatre à six semaines, pour éviter qu’elle pense que je l’avais abandonnée.

Lorsque son infirmière est tombée malade, j’ai emmené Maman à la ferme, à Ormstown, et j’ai essayé de m’occuper d’elle. C’était très difficile, car j’étais sur la route et je travaillais beaucoup. Une fois, elle est tombée à la maison et je n’ai pas pu la relever moi-même. J’aimais l’avoir à la maison avec moi, mais je n’ai pas eu d’autres choix que de la confier à une autre résidence.

Cette nouvelle résidence n’était pas aussi chaleureuse que celle située à Jackson, mais elle était à proximité et je pouvais rendre visite à Maman lorsque je ne travaillais pas. Parfois, elle était assise seule, la tête dans les mains, et elle pleurait. Elle ne savait pas où elle était et n’avait personne à qui parler. C’était déchirant de la voir ainsi.

Son audition s’était détériorée et elle ne pouvait même plus entendre ma musique. Environ un an après son arrivée à la résidence, elle est tombée pendant la nuit. Je ne sais pas combien de temps elle est restée sur le sol avant qu’on ne la trouve. Lorsque je suis arrivée, elle avait été habillée par l’aide-soignante et attendait à l’entrée dans un fauteuil roulant. Les ambulanciers n’avaient pas été appelés.

À partir de cette nuit-là, nous avons toutes les deux vécu un véritable cauchemar.

Il y a eu de nombreux voyages en ambulance aux États-Unis, où on lui a finalement diagnostiqué une fracture du cou et de la clavicule. On m’a dit qu’elle pourrait s’en sortir, mais je savais, en mon for intérieur, que ce n’était pas vrai.

Je voulais qu’elle reste avec moi le plus longtemps possible, alors je les ai laissés la garder en vie. Maman a survécu à six semaines de douleurs intenses et de souffrances. Je partais d’Ormstown et me rendais à Plattsburgh tous les jours, sauf une fois où j’ai dû prendre l’avion en raison d’un concert dans le Nord. Après avoir atterri là-bas, j’ai reçu un appel m’informant que je devais me rendre immédiatement à l’hôpital.

Lorsque je suis arrivée, elle avait déjà été placée dans une chambre réservée aux « soins de fin de vie ». Des infirmières venaient lui insérer des aiguilles dans les veines. Un jour, une jeune infirmière a essayé à plusieurs reprises de trouver une veine, en enfonçant l’aiguille encore et encore dans la main de Maman.

Pour la première fois depuis des semaines, j’ai entendu ma mère parler. Elle m’a appelée par mon nom et m’a dit : « Nanette, je n’en peux plus ». J’ai immédiatement dit à l’infirmière d’arrêter et lui ai demandé de mettre fin à tous les soins. Maman s’est éteinte à peine une heure plus tard.

Elle était enfin en paix. Pourtant, je n’ai pas été capable de pleurer; j’avais tellement pleuré au cours des six semaines précédentes qu’il ne me restait plus de larmes.

La seule et unique chose que nous partageons avec nos mères, et avec aucune autre personne, est un battement de cœur, partagé avant notre naissance.

Si votre mère est toujours auprès de vous, chérissez-la et profitez du temps qu’il lui reste avec vous. (Traduit par Sabrina Vaillancourt)

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