Histoire racontée par Mitch Deer.
Édition : Aaron McComber, journaliste dans le cadre de l’Initiative de journalisme local.
Traduction : Karonhí:io Delaronde
Sous le sifflement des balles
C’est une drôle de sensation que d’entendre des balles siffler près de sa tête, alors qu’on a failli être touché. On entendait « zip zip ». Je n’oublierai jamais la sensation du courant d’air qui passe tout près à cause des balles.
Une fois la fusillade terminée, tout est devenu très calme. Des habitants de la ville de Kanesatake, un grand nombre d’entre eux, sont arrivés en courant sur la route. Une foule qui criait et sautait en l’air en disant : « Ils sont partis ».

Mais on s’est dit : « Comment est-ce qu’ils peuvent être partis? Les voitures de police sont juste là ».
Ils s’étaient enfuis. Toute l’équipe de la SQ s’est enfuie dans ses camions et a dévalé la colline.
Ils ont abandonné quatre voitures et deux camionnettes de police; elles étaient toutes neuves.
Ils ont également laissé une chargeuse derrière et nous en avons pris le contrôle.
Nous avons pris les camionnettes et les avons placées en haut de la colline avant de couper un gros arbre et de le placer sur les camionnettes pour bloquer la route; nous avons fait une barricade pour qu’ils ne puissent pas passer.

Par contre, nous n’avons pas fermé la route pour que les véhicules puissent continuer à circuler. Nous avons creusé des bunkers et nous nous sommes organisés. Ils ont été surpris parce qu’il n’y avait rien, et pendant la nuit, nous nous sommes installés et nous étions prêts à affronter la SQ. Nous sommes comme ça, les Mohawks; nous sommes vifs d’esprit et capables de mettre quelque chose en place rapidement.
Je vais vous dire un secret : au cours de cette période, nous avons commencé à recevoir des journalistes, beaucoup d’entre eux, peut-être 80 ou 90 à la fois.

De temps en temps, les femmes venaient faire des déclarations à la presse.
Les journalistes ont commencé à nous demander de les laisser aller où ils voulaient.
Nous avons commencé à leur crier de partir, de redescendre la colline et de retourner avec la police.
Au bout d’un moment, nous avons laissé les journalistes remonter, mais nous leur avons dit qu’ils ne pouvaient pas exiger quoi que ce soit; ils ne pouvaient aller que là où nous leur donnions l’autorisation d’aller.
Nous n’avons cessé de répéter aux journalistes que nous n’étions pas les principaux responsables. Qu’il y avait des gens plus grands, plus méchants et pires que nous d’impliqués. En réalité, il n’y avait que nous.

C’est pour cette raison que nous les avons fait rester avec nous sur la colline; nous devions donner l’impression que nous étions plus nombreux.
Nous avons utilisé plusieurs ondes radio et plusieurs voix différentes, leur faisant croire que nous étions des centaines, voire des milliers, alors que nous n’étions que 30 ou 40; nous savions que la police nous écoutait.
Nous avons même inventé des histoires et fait en sorte que la police parte à la recherche de choses qui n’existaient pas.

Nous parlions Kanien’keha à la radio, mais certains Mohawks nous ont trahis en interprétant pour la SQ.
Nous avons donc dû faire preuve d’ingéniosité et nous avons fait venir un groupe de Mi’kmaqs. Ils nous ont aidés à parler mi’kmaq à la radio, sachant qu’il faudrait du temps à la SQ pour trouver un nouvel interprète. Nous avons dû les garder dans l’incertitude tout au long de cette période.

