Histoire racontée par Sonny Joe Cross.
Édition : Santana Deer, journaliste dans le cadre de l’Initiative de journalisme local.
Traduction : Sahawisó:ko’ Arquette.
La musique est ma médecine
Un soir, vers 22 h, je me suis présenté à la porte arrière de la station de radio K103. J’avais un vinyle de Hank Williams en ma possession et j’ai demandé : « Pourriez-vous faire jouer deux ou trois chansons si je vous paie 10 dollars » ?
Je savais qu’on ne m’aurait pas autorisé à le faire si j’avais demandé à l’entrée principale. Ils m’auraient pris pour un fou. J’ai donc soudoyé tout le monde, sauf le gérant.
Rapidement, le gérant a reçu des appels de gens qui lui disaient qu’ils aimaient la programmation. C’était drôle, mais j’étais nerveux. Je ne savais pas quoi faire.
Le gérant n’était pas du tout au courant. Peu après, j’étais là tous les jours de la semaine. Les gens ont adoré.

En grandissant, j’ai eu du mal à m’en sortir, et ce jusqu’à un âge avancé. Après être passé par le pensionnat, je buvais et je me battais; c’était terrible.
J’avais environ 37 ans lorsque j’ai décidé de mettre de côté l’alcool et toutes ces bêtises. La seule chose qui m’a sauvé la vie, c’est la musique, sans oublier ma femme et mes trois filles, qui m’ont toujours soutenu. C’était plus satisfaisant de jouer ma musique que de passer mon temps dans les bars.
Lorsque je suis revenu de New York, j’avais 10 000 disques. C’était à l’époque où les gens commençaient à délaisser les vinyles. Je n’ai jamais eu à débourser un sou de ma poche.

Lorsque j’ai commencé à la station de radio K103, chaque dimanche, 50 personnes m’appelaient pour me demander des chansons différentes. Ils étaient tous très gentils. Ils me disaient : « Sonny Joe, ne tombe pas malade et reste en bonne santé pour pouvoir continuer à jouer de la musique pour nous ».
J’ai donc enregistré tous leurs albums préférés, tout ce que les gens voulaient. Le CFCF (CTV Montreal) est même venu chez moi et a pris une photo de moi devant mes vinyles.

J’ai arrêté de jouer de la musique à la station de radio en 2014 en raison d’une opération à mon genou. Maintenant, j’enregistre à la maison, je mets la musique sur une cassette et je la diffuse le dimanche. Je suis reconnaissant qu’ils me laissent faire cela parce que j’aime jouer de la musique et que je fais tout gratuitement. Je crois qu’il faut faire les choses avec le cœur, pas pour notre portefeuille.
En octobre 2023, cela a fait 33 ans que je suis à la radio. J’adore ça. Toute la musique que je joue est la mienne, pas celle de la station.

J’aimais quand les auditeurs me disaient qu’ils n’avaient jamais entendu parler d’une telle musique. Une grande partie de la musique que je diffusais n’était pas jouée au Canada à l’époque, ce qui rendait mon émission encore meilleure.
Aujourd’hui, je possède environ 40 000 vinyles. Il y en a partout chez moi.
Qu’est-ce que je peux dire? C’est ce que j’aime.

