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Art de vivreLe partage d'histoires

Le partage d’histoires – Un face-à-face armé

Histoire racontée par Mitch Deer.
Édition : Aaron McComber, journaliste dans le cadre de l’Initiative de journalisme local.
Traduction : Karonhí:io Delaronde

Aux environs du 1er juillet 1990, nous sommes allés à Kanesatake. Nous avons mis en place des patrouilles et campé dans les Pins.

Nous ne nous attendions pas à ce que la police intervienne comme elle l’a fait. Nous pensions que les employés municipaux d’Oka allaient venir avec des tronçonneuses et des bulldozers pour commencer à abattre les arbres et à détruire les tombes. Ce n’est pas ce qui s’est passé.

 

Des guerriers mohawks surveillent la barricade faite de troncs darbre au sommet de la colline PHOTO Robert Galbraith Kanienkeháka Onkwawénna Raotitióhkwa Centre linguistique et culturel

 

Le maire de la ville d’Oka, Jean Ouellette, a appelé la Sureté du Québec (SQ) et, le 11 juillet, environ 150 policiers ont débarqué. Nous étions au milieu de la pinède le matin où cela s’est produit.

Les gens qui se rendaient au travail, tôt le matin, allaient au village et revenaient en courant en disant : « La SQ est dans le village »!

Vers cinq heures du matin, je traversais les bois en bordure de la route principale lorsque j’ai vu arriver une équipe d’intervention (SWAT).

 

Le 11 juillet 1990 un guerrier mohawk se tient derrière un barrage fait de troncs darbre PHOTO Robert Galbraith Kanienkeháka Onkwawénna Raotitióhkwa Centre linguistique et culturel

 

Il y avait un gros tronc d’arbre en travers de la route et nous nous sommes postés derrière, nos fusils sortis, en criant : « Vous n’avez rien à faire ici. Dégagez de nos terres ».

Nous étions dans un face-à-face armé.

Dès les premières lueurs du jour, la SQ est arrivée de part et d’autre de nous, avec ses camions, ses voitures de police, ses fourgons, tout. J’ai donc quitté la zone où je me trouvais et je me suis dirigé vers le front, et c’est là que j’ai vu nos femmes qui se tenaient à l’avant contre les policiers.

Les femmes scandaient et criaient : « Vous n’avez aucune juridiction ici, vous n’avez rien à faire ici », entre autres. La SQ ne voulait pas leur parler : « Nous voulons parler aux hommes, au chef ou à la personne responsable ».

 

Des manifestants mohawks se reposent dans leur sac de couchage dans leur camp au milieu de la Pinède PHOTO Robert Galbraith Kanienkeháka Onkwawénna Raotitióhkwa Centre linguistique et culturel

 

Les femmes ont tenu bon : « Nous avons autant d’autorité que les hommes et nous avons autant de pouvoir qu’eux ».

Et c’est vrai. Parfois, elles ont plus de pouvoir que nous.

Parce qu’en réalité, nous ne sommes que des outils au service de la nation, c’est tout ce que nous sommes. Mais ces policiers n’avaient pas l’habitude de traiter avec des femmes.

 

Bombe lacrymogène ramassée par Mitch Deer le 11 juillet 1990 quil a conservée depuis PHOTO Emma McLaughlin

 

Vers six heures du matin, ils ont commencé à lancer des gaz lacrymogènes.

À cause de la brise qui soufflait du haut des collines et à travers la forêt, le vent repoussait les gaz sur eux.

Je n’ai jamais senti les gaz lacrymogènes, mais les femmes les ont sentis puisqu’elles étaient au front. Cela a duré des heures.

Ils ont lancé tellement de gaz lacrymogène qu’ils en ont manqué. Nous n’avons pas bougé.

 

Jean Ouellette assiste aux audiences de la Commission royale sur les peuples autochtones CRPA à Montréal Québec en 1993 PHOTO Audrey Mitchell Bibliothèque et Archives Canada

 

C’était du gaz lacrymogène et encore du gaz lacrymogène, puis les coups de feu se sont soudainement fait entendre quand ils ont épuisé leur réserve de gaz. De plus en plus de coups de feu se sont fait entendre jusqu’à ce que tout le monde tire dans un sens ou dans l’autre. Cela n’a duré que 10 ou 12 secondes, mais il y a eu au moins 1 000 coups de feu dans ce laps de temps.

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