The Gleaner
Opinion

Les défis de l’immigration temporaire dans le Haut-Saint-Laurent

Dans le Haut-Saint-Laurent, entre 2016 et 2023, le nombre de permis de travail approuvés liés à des employeurs a plus que doublé, pour atteindre près d’un millier dans les trois dernières années, surtout dans le secteur agricole. Pourquoi l’immigration temporaire fait-elle débat ? Profitons de cette tribune pour rappeler brièvement notre perspective d’organisme de soutien aux personnes immigrantes.

Dans notre région, ce sont quelques employeurs clés qui font appel à cette main-d’œuvre. Ils dédient des ressources à ce type de recrutement et nous avons accompagné plusieurs dizaines de leurs employés dans leurs démarches d’installation, d’immigration et d’intégration. Nous témoignerons ensemble de défis que je crois que nous connaissons bien : accès très difficile au logement, aux garderies, au transport, complexité bureaucratique, stress et choc culturel, etc. Nos travailleuses et travailleurs migrants temporaires arrivent avec un budget limité, aucun historique de crédit, peu de connaissances sur les façons de chercher et trouver un logement, sur leurs droits de locataire, et les logements sont rares et dispendieux ; ils n’ont pas de véhicule en arrivant, et l’offre de transport en commun est insuffisante. Il n’y a pas de places en garderie, surtout pas subventionnées, et n’ont pas accès au remboursement anticipé des frais de garde s’ils optent pour le privé. Cela condamne plusieurs conjointes de travailleurs à l’isolement, s’ils ont de jeunes enfants. Comment s’inscrire en francisation, obtenir un emploi, inscrire les enfants à l’école, obtenir un permis de conduire québécois, obtenir sa carte d’assurance-maladie, faire ses impôts ?

Au CRESO, nous sommes là pour les aider là-dedans, gratuitement, partout sur le territoire, et leurs employeurs aussi ne comptent pas leurs heures passées à les accompagner dans ces démarches. Au-delà de celles-ci, il y a évidemment la précarité inhérente à un statut temporaire. On laisse tout derrière dans son pays d’origine : on vend ses biens, on laisse ses proches, on abandonne ses réseaux et ses points de repère, et on tente tant bien que mal de se construire ici une vie, de parcourir un petit bout de chemin dans notre coin du monde, bien tranquille et sécuritaire, portés par une promesse québécoise d’un meilleur avenir. Mais… Il y a une date de fin au permis de travail. On dépend du bon vouloir de l’employeur pour le maintien et le renouvellement de son statut. C’est un pouvoir démesuré, implacable. Les rapports entre employés et employeurs sont faussés par ce droit de regard presqu’absolu…

Ainsi, une part grandissante de notre travail consiste à informer nos membres de leurs options en matière de résidence permanente. Résidence permanente est synonyme de liberté, de stabilité, de prévisibilité, de sécurité, clé de voûte de l’enracinement, tout le contraire du statut temporaire qui, sournoisement, lèse le quotidien de la dignité humaine. En vue de ces enjeux et défis, les travailleuses et travailleurs immigrants du Haut-Saint-Laurent peuvent continuer à compter sur le CRESO pour les soutenir.
Thomas Gauvin, conseiller en immigration au CRESO

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