Durant la pandémie, certains résidents de la région ont expliqué au Gleaner comment ils s’étaient adaptés. Désormais, alors que débute la quatrième vague de la COVID-19, certains d’entre eux donnent des nouvelles de leur situation actuelle.
En octobre 2020, Tamara Niven est entrée aux urgences de l’Hôpital Barrie Memorial, non pas en tant qu’infirmière d’urgence ayant 17 années d’expérience, mais plutôt en tant que patiente. Elle souffrait de maux de tête, de fatigue et d’un sentiment général de mal-être. « Je dormais seize heures, puis je me levais pour aller travailler », dit-elle. Cela durait depuis environ six mois. Comme beaucoup de professionnels de la santé, elle a persévéré, mais en plus de se sentir épuisée, elle indique : « J’étais tout le temps de mauvaise humeur et je n’étais pas “moi-même” ». Elle savait avec certitude que quelque chose n’allait pas, seulement, elle ne savait pas quoi.

Son médecin lui a fait passer de nombreux tests. Lorsqu’ils ont tous indiqué que tout était normal, il lui a donné deux semaines de repos. Mme Niven se souvient de la réaction qu’elle a eue : « Je n’ai pas besoin de deux semaines de congé ! Elle indique qu’elle était complètement dans le déni, et en mode pilote automatique ».
Le stress quotidien associé à son travail ainsi que les heures supplémentaires obligatoires, qui l’obligeaient souvent à travailler deux nuits de suite, ont eu de lourdes conséquences sur sa santé mentale. Lorsque ses médecins lui ont suggéré qu’elle devrait peut-être changer d’emploi, Mme Niven a réagi avec indignation. « Non ! J’aime mon travail ! »
Cependant, en janvier 2021, Mme Niven est toujours en congé. Son diagnostic était le trouble de stress post-traumatique. Elle a également découvert qu’elle ne voulait pas retourner au travail ; le stress du travail et les restrictions liées à la pandémie qui l’ont privée de sa famille, ont laissé des séquelles.
« J’aime prendre soin des gens ; [je pouvais] tenir la main d’un parfait inconnu, mais je ne pouvais pas rentrer chez moi et toucher ma famille parce que j’aurais pu les rendre malades », indique-t-elle.
À la fin du mois de février, Mme Niven a repris les quarts de travail de nuit. Il n’y avait aucune possibilité pour elle d’obtenir des quarts de travail de jour. « La [pénurie de personnel] est un problème récurrent depuis 17 ans. Ça ne va pas s’améliorer », énonce-t-elle. La pandémie a également imposé des exigences supplémentaires au système de santé : les vacances des travailleurs de la santé ont été suspendues et le temps plein obligatoire a été mis en place. « Je ne pense pas que les gens réalisent que pour nous, le temps plein signifie que toutes les deux semaines, vous avez deux jours de congé d’affilée. Vous avez un jour de congé entre les deux, et pendant ce jour de congé, on vous appelle dix fois. On attend de nous que nous soyons des robots et que nous soyons performants à 150 % », explique Mme Niven.
Parfois, les rapports avec les patients étaient incroyablement pénibles. « Vous donnez votre 150 % pendant huit heures, parfois même seize heures, et une personne vient te dire : “Je ne peux pas porter ce masque sur mon visage.” Vous regardez la personne et vous dites à vous-même : “Je porte ce masque depuis 16 heures” ».
Le meilleur des deux mondes
Avant la pandémie, Mme Niven était instructrice à temps partiel en soins infirmiers au Centre de formation professionnelle de la Vallée de la Châteauguay (CVCEC) à Ormstown, mais son emploi dans les services d’urgence étant plus exigeant, elle a dû délaisser ses activités d’enseignement. « J’ai constaté que l’enseignement me manquait beaucoup. J’aimais vraiment [ça] ». Au printemps, Mme Niven a contacté le CVCEC pour connaître l’évolution du nombre de classes, mais lorsqu’on lui a proposé un poste d’enseignante à temps plein, elle était incertaine ; ce serait un énorme changement de carrière. L’été battait son plein lorsqu’elle a réalisé que ce changement pouvait être une bonne idée. Le 13 juillet, avec des émotions mitigées, elle a écrit sa lettre de démission et l’a soumise à l’hôpital.
Elle a commencé son nouveau travail d’enseignante le 17 août. « Je suis positive, emballée, et je ne me suis pas sentie comme ça depuis très, très longtemps !, s’exclame-t-elle. J’ai le meilleur des deux mondes. J’ai toujours les aspects du travail que j’aime, tels que les aspects sociaux résultant de ma présence auprès des patients. J’ai une vie, et un équilibre ».
Mme Niven estime que son expérience du trouble de stress post-traumatique lui permet de transmettre un message important aux étudiants en soins infirmiers : « Je pense que les gens doivent respecter leurs limites. Ils doivent écouter leur corps [lorsqu’il leur dit qu’il est] fatigué ». Elle est convaincue que les infirmières devraient consulter régulièrement des spécialistes en santé mentale. Elle sait par expérience que les infirmières sont plus productives lorsqu’elles sont en bonne santé.
De plus, comme la plupart des travailleurs de la santé, elle est très attachée à la protection offerte par le vaccin : « Est-ce que je me suis faite vacciner pour “moi” ? Peut-être à 25 %. Les autres 75 % sont pour ma famille, mes collègues de travail, mes voisins, ma communauté ».

