The Gleaner
Art de vivreHistoire locale

Lettre à mon petit-fils : Le train à Hemmingford

Denis Bouchard

Mon cher Gabriel,

Je tenais très fort la main de mon papa. Une lumière très douce nous enveloppait. Nous marchions vers la gare, à trois maisons de chez nous. J’étais très excité, mais aussi craintif parce que j’avais déjà vu et entendu gronder la grosse locomotive de loin. J’avais trois ans, comme toi en ce moment. Nous allions accueillir ma tante à la gare. Elle arrivait de Montréal, cet univers lointain et mystérieux dont j’entendais parler quelques fois par les adultes.

La gare était une très grande bâtisse en bois peint d’un rouge délavé qui s’étendait le long de la voie ferrée. Papa et moi avons longé les rails devant le hangar à marchandise avec une grande porte coulissante et sommes entrés dans la salle d’attente, juste avant le logement du chef de gare. Il y avait déjà quelques personnes qui attendaient le train. Nous nous sommes assis sur un grand banc de bois. On entendait un cliquetis continu qui provenait du guichet où se tenait le chef de gare. Il a bien vu que ça m’intriguait et m’a fait signe d’approcher. Mon papa m’a soulevé dans ses bras pour que je sois à la hauteur du guichet et là j’ai vu un curieux appareil qui ressemblait à une toute petite balançoire à bascule branchée à deux fils. Ça oscillait et tapait sur un bout de métal et ça produisait le cliquetis. Quand ça s’arrêtait, le chef de gare mettait son doigt sur le télégraphe et produisait des clics longs ou brefs. Il m’a expliqué que c’était une façon de représenter des lettres et d’écrire « en morse ».
Hemmingford Creations Exposition

La terre a commencé à trembler et dans un grondement assourdissant, l’immense locomotive s’est lentement avancée devant la fenêtre. Ses grosses roues de métal grinçaient contre les rails dans un bruit déchirant. La locomotive tirait deux wagons, qui se sont arrêtés devant nous, et quand je suis sorti avec papa, j’ai aussi vu le wagon de queue, une sorte de petite cabane sur roues pour les employés du train.

Pendant que papa aidait tante Jeanne à descendre avec sa valise, je regardais les employés qui déchargeaient des marchandises par la grande porte coulissante de l’autre wagon. Il y avait de grandes boîtes plates, avec des petits trous ronds sur le dessus et les côtés : elles m’intriguaient beaucoup parce qu’on entendait des piaillements. J’ai juste eu le temps d’apercevoir des petites plumes jaunes à travers les trous et papa m’a pris par la main pour retourner à la maison. Plus tard, quand j’étais grand, 8 ou 9 ans, je suis souvent accouru à la gare avec mes amis quand nous entendions le train arriver. Nous allions accueillir les nouveaux poussins. On se dépêchait de mettre nos doigts dans les petits trous et de se faire piquer par les coups de becs avant que les fermiers n’emportent leurs boîtes.

On peut encore voir le parcours du chemin de fer aujourd’hui : la piste cyclable près du centre récréatif courbe et emprunte son ancien tracé, qu’on voit s’enfoncer entre les arbres, loin vers le nord.

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