The Gleaner
Art de vivreHistoire locale

Lettre à mon petit-fils : Les Canadiens à Hemmingford

Denis Bouchard

Cher Gabriel,

Été 1957. Mes amis et moi sommes fous comme des balais. Tout Hemmingford est très excité en fait. J’avais 8 ans. J’ai marché avec mon père jusqu’au terrain de balle molle, derrière l’Académie Langlois, maintenant démolie, à côté du cimetière de l’église Saint-Romain. Une foule considérable se pressait aux grilles pour entrer. Il régnait un air de fête extraordinaire. Les Canadiens de Montréal étaient à Hemmingford pour jouer à la balle molle contre l’équipe locale !

À cette époque, le hockey était au coeur de nos vies. Tout le monde regardait religieusement le hockey à la télévision chaque samedi soir. Assis nerveusement devant le poste, mon père et moi commentions chaque geste, chaque décision. On bondissait quand les Canadiens marquaient un but, et on s’effondrait quand l’adversaire osait en marquer un. Le lendemain, tout le monde qu’on rencontrait parlait de la partie.

Et là, les Canadiens étaient chez nous. Ils marchaient devant nous, on pouvait leur parler, leur serrer la main si nous étions chanceux. Tout semblait irréel : imagine-toi, accueillir nos super héros en chair et en os, dans notre village !

 

Dickie Moore, légende du hockey, portant un chandail de Hemmingford.

 

Les gradins en bois de chaque côté du terrain étaient remplis à craquer. Nous les jeunes, émerveillés de voir tant de monde chez nous, nous courrions partout derrière les gradins, laissés libres par nos parents concentrés sur la partie. Quand une fausse balle était frappée vers la gauche et tombait dans le cimetière, c’était la ruée pour être le premier à sauter par-dessus la clôture Frost pour aller récupérer la balle et la relancer aux joueurs, rougissant de fierté sous les applaudissements de la foule.

Les Canadiens étaient invités par l’association athlétique de Hemmingford et les deux clubs portaient des chandails où était inscrit ‘Hemmingford’ en grosses lettres. Maurice Richard, au champ gauche, était incapable de vraiment jouer parce qu’il était toujours assailli par des gens qui voulaient un autographe. Richard, le joueur le plus fougueux, notre super héro capable de trainer un adversaire sur son dos pour aller marquer le but gagnant.

Tout ce dont je me rappelle de la partie, c’est Jacques Plante qui frappe un coup sûr, je regarde au premier but… et Plante est déjà rendu au deuxième ! On nous avait dit qu’il était le patineur le plus rapide de l’équipe. Jacques Plante, qui a changé la façon de jouer des gardiens de but, pas seulement parce qu’il a été le premier a porté un masque, mais surtout parce qu’il n’était pas figé dans son but et faisait de longues sorties pour faire des passes à ses coéquipiers. Ça nous énervait ! Mais il venait de gagner le trophée Vézina deux ans de suite et allait le mériter quatre autres fois.

L’inventeur du lancer frappé, Boum Boum Geoffrion, était également là, toujours aussi flamboyant, parlant fort et faisant le clown pour amuser la foule

Le seul à qui j’ai osé demander un autographe, c’est Doug Harvey, un défenseur comme moi, le meilleur de tous les temps, celui qui a révolutionné la façon de jouer à la défense en étant beaucoup plus offensif. Il venait de gagner le trophée Norris pour une troisième année consécutive, et il l’a gagné encore trois fois par après.

En 1957, les Canadiens venaient de gagner une deuxième Stanley de suite. Un exploit rare ! Nous ne savions pas qu’ils allaient poursuivre et en gagner cinq de suite. Pour nous, dans les deux décennies suivantes, ça allait devenir normal que les Canadiens gagnent tout le temps. Quand le club perdait, c’est qu’il s’était passé quelque chose, une malchance terrible, ou un coup bas des arbitres. Mais heureusement, nos héros se reprenaient rapidement. Parmi les 19 joueurs au programme ce jour-là, 12 allaient accéder au temple de la Renommée.

Je me souviens m’être rendu à la cabane avec les murs en papier-briques près de l’entrée pour m’acheter une patate à 10 cents. Pendant que j’attendais dans l’odeur de graisse qu’on me donne mon casseau en carton rempli de patates brûlantes, un monsieur a commandé « des frites et une saucisse-là ». C’était la première fois que j’entendais un français de France en personne, avec son drôle d’accent, et il ne savait même pas comment s’appelle un hot dog !

Quant au résultat final de la partie de balle, personne n’est vraiment certain de comment ça s’est terminé !

C’est le premier d’une série de souvenirs de son enfance, ‘Lettres à mon petit-fils’.

Latest stories

C’est l’heure de cueillir des bleuets !

Callan Forrester

D’un foyer à l’autre 13 juillet, 2022

The Gleaner

La caricature d’Eric Serre 13 juillet, 2022

Eric Serre

Laissez un commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et la gestion de vos données par ce site.

RSS
Follow by Email
Facebook
Twitter
YouTube
LinkedIn
Instagram
WhatsApp

Profiter de 4 articles par mois gratuitement !

Notre communauté, notre journal !

Édition imprimée et accès numérique

L'accès numérique seul

pour seulement 60 $ par an. 

ne coûte que 40 $ par an.

Les dernières nouvelles et les nouvelles communautaires sont toujours gratuites !