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L’histoire d’une réfugiée du chemin Roxham : pour protéger sa fille

Wendy Ayotte
Traduit par Pascale Bourguignon

Entre 2017 et le début de la fermeture de la frontière des États Unis due à la pandémie de COVID-19, les bénévoles de Créons des ponts (Bridges Not Borders) ont accueilli des centaines de demandeurs d’asile qui sont entrés au Canada via le chemin Roxham  à Saint-Bernard-de-Lacolle. L’une d’elles, Kemi, une Nigériane, a amené sa fille Iri au Canada pour la protéger des actes de mutilations génitales féminines (MGF). Leurs prénoms sont des pseudonymes pour protéger leurs identités.

Kemi et son mari appartenaient au même groupe ethnique, mais étaient issus de tribus distinctes dont les coutumes matrimoniales différaient. Kemi travaillait et occupait un poste bien rémunéré. Le jour de leur mariage, les aînés de sa tribu décrétèrent qu’elle devait subir des MGF. Suite à son refus catégorique de s’y conformer et à sa menace d’annuler le mariage, son mari accepta, mais, par la suite, les aînés réclamèrent qu’elle consente aux MGF après la conception.

Kemi et son mari ont adopté une petite fille. Kemi supposait que sa fille serait en sécurité parce que : « Je pensais que tout ce qu’ils ne me faisaient pas, ils ne le feraient pas à Iri.» Mais la pression sociale des aînés et de sa belle-mère augmentant, le mari de Kemi déclara qu’Iri devait subir des MGF avant l’âge de 10 ans. Kemi se sentait incapable de protéger sa fille. Bien que les MGF aient été interdites au Nigéria en 2015, elles continuent d’avoir lieu. La police considère que c’est un problème familial et n’intervient pas. Kemi envisagea d’obtenir un transfert de travail dans une autre ville, mais le nord du Nigéria n’était pas sécuritaire en raison des actes de terrorisme perpétrés par Boko Haram. En partant dans le sud, elle pouvait facilement être retrouvée. Alors, en apprenant l’existence du chemin Roxham, elle prit la difficile décision de venir au Canada.

 

Les bénévoles de Créons des ponts Bridges Not Borders ont accueilli des centaines de demandeurs dasile qui sont entrés au Canada via le chemin Roxham à Saint Bernard de Lacolle PHOTO Ruth Kaplan

 

Une entente conclue en 2002 entre le Canada et les États-Unis prévoit que les personnes demandant l’asile au Canada à un point d’entrée frontalier seront renvoyées aux États-Unis, sauf si elles correspondent à l’une des exceptions prévues par l’entente. Les personnes traversant irrégulièrement à des points tels que le chemin Roxham ne sont pas incluses dans l’entente et peuvent faire une demande d’asile.

Quelque 200 millions de femmes et de filles en vie aujourd’hui ont été victimes de MGF et chaque année, environ 3 millions de filles sont à risque. Les filles ne sont pas considérées comme pouvant se marier sans ses mutilations ; elles sont jugées nécessaire à l’honneur des familles, empêchent la « promiscuité » féminine et sont incontournables à l’obtention du « prix de la mariée convenable ». La MGF implique l’ablation partielle ou complète des organes génitaux externes féminins et est normalement pratiquée par des femmes de la communauté, à l’aide d’instruments bruts et sans soulagement de la douleur. Elle a des impacts très graves, notamment : des saignements sévères, des difficultés à uriner, des kystes et des infections, des problèmes d’accouchement et un risque de décès maternel et néonatal, ainsi que des problèmes de santé mentale. L’Organisation Mondiale de la Santé estime que les complications sanitaires coûtent 1,4 milliard USD dans 27 pays à forte prévalence.

Kemi a dit à son mari qu’elle voulait emmener Iri visiter des amis aux États-Unis pour Noël. De New York, elles ont pris le bus pour Plattsburgh et de là, un taxi pour le chemin Roxham. Après le processus initial, elles sont restées au YMCA de Montréal, puis ont emménagé dans un appartement. Au début, Kemi vivait dans la peur que son mari se présente et ramène Iri au Nigeria. Un avocat l’a aidée à divorcer, ce qui lui a permis d’obtenir la garde d’Iri, et elle s’est sentie plus en sécurité. Après une formation, Kemi a commencé à travailler en tant qu’assistante de soins personnels, faisant d’elle l’une de nos anges gardiens du COVID.
Cependant, après près de trois ans d’attentes, elles n’ont toujours pas de date pour leur audience. La menace de MGF est considérée comme une « persécution fondée sur le sexe », et nous espérons qu’elles seront reconnues comme réfugiées sur cette base. Kemi a résumé ce qu’elle ressentait en venant au Canada. « J’ai tout perdu, mon travail, ma famille, mes amis et ma patrie, mais ma joie est de redonner espoir à mon enfant. Si je devais tout recommencer, pour mon enfant ou pour n’importe quel enfant, je le ferais. »

Wendy Ayotte est membre de Créons des ponts, www.creonsdesponts.ca.

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