Quand on pense à l’itinérance, l’image qui vient souvent en tête est celle de personnes vivant dans la rue, dans des centres-villes animés. Mais qu’en est-il en milieu rural, où les rues sont peu fréquentées et les communautés dispersées? L’itinérance rurale est bien réelle, même si elle reste souvent cachée, presque invisible. Elle ne se manifeste pas de la même manière qu’en ville, mais elle est tout aussi préoccupante.
Dans la région du Haut-Saint-Laurent, sept cas d’itinérance ont été officiellement répertoriés récemment. Ces données peuvent sembler faibles à première vue, mais elles ne reflètent qu’une partie de la réalité bien plus vaste, car beaucoup de personnes en itinérance rurale restent hors radar : elles se cachent pour éviter la stigmatisation ou survivent dans des conditions précaires en marge des services publics. Si sept cas sont visibles, il est probable qu’il y en ait bien davantage, vivant dans l’ombre, dans des campements improvisés, des granges abandonnées ou en pratiquant le couchsurfing de façon désespérée.
Le rôle crucial des travailleurs de rue
Dans ce contexte, les travailleurs de rue deviennent des acteurs essentiels pour tendre la main à ces personnes invisibles. Leur travail ne ressemble pas à celui de leurs collègues en milieu urbain. Ici, il s’agit d’aller à la rencontre de gens qui, souvent, se cachent pour éviter le regard des autres, la stigmatisation ou même des conflits avec les autorités. Cela signifie parfois parcourir de longues distances, braver les rigueurs de l’hiver ou accéder à des lieux reculés et privés, toujours avec discrétion et respect.
Leur mission va bien au-delà du simple accompagnement. Ces professionnels construisent des liens de confiance, essentiels pour briser l’isolement et offrir du soutien. Ils jouent également un rôle éducatif auprès des communautés rurales, en sensibilisant les citoyens, les propriétaires et les autorités aux réalités de l’itinérance. Leur présence contribue à faire évoluer les mentalités, à réduire les préjugés et à plaider pour des solutions adaptées à ce contexte unique.
L’itinérance rurale, un enjeu collectif
Malgré leur dévouement, les travailleurs de rue ne peuvent pas tout faire seuls. Répondre à l’itinérance en milieu rural nécessite une collaboration entre les acteurs locaux, les gouvernements et les citoyens. Il faut investir dans des logements abordables, renforcer les services d’aide et les adapter aux particularités des régions rurales.
En tant que société, nous avons tendance à regarder ailleurs quand les enjeux ne sont pas directement sous nos yeux. Mais l’itinérance rurale, même invisible, est un problème qui nous concerne tous. Dans une région comme le Haut-Saint-Laurent, ces sept cas identifiés ne sont que la pointe de l’iceberg. Ils doivent nous inciter à réfléchir à ce que ces chiffres cachent et à agir avec détermination.
En milieu rural, tout comme en milieu urbain, personne ne devrait être laissé pour compte. Le travail de rue est un pilier fondamental pour tendre vers cette inclusion sociale, mais il nous revient, à tous, de soutenir ces efforts et d’agir pour bâtir des communautés où chacun peut trouver sa place.
Karine Deschambault
Directrice, Pacte de rue

