La fédération de l’UPA de la Montérégie a lancé une campagne contre le système provincial d’échange de quotas d’émission de carbone, affirmant que cette politique nuit au secteur agricole. Des dizaines de producteurs se sont rassemblés à Saint-Jean-sur-Richelieu pour dénoncer le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission, communément appelé SPEDE.
Le Québec est désormais la seule province à taxer le carbone après la récente décision du gouvernement fédéral de supprimer la tarification du carbone pour les consommateurs. Ce système vise à réduire l’empreinte carbone de la province en obligeant les grands émetteurs, tels que les distributeurs de combustibles fossiles, à payer pour polluer ; cependant, ce coût est souvent répercuté directement sur les consommateurs au moment de la vente.
« Si toutes les provinces et tous les secteurs économiques participaient de manière équitable à cet effort, ce système aurait un vrai potentiel pour faire évoluer nos pratiques de manière structurée et durable, mais ce n’est pas le cas », a déclaré Jérémy Letellier, président de l’UPA de la Montérégie. Il a fait valoir qu’en l’absence d’alternatives viables pour remplacer les combustibles fossiles dans le secteur agricole, le SPEDE pénalise injustement les producteurs qui sont déjà confrontés à une situation économique très difficile.
L’UPA a reconnu que le système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre n’est pas structuré comme une taxe et qu’il pourrait donc être plus difficile pour le gouvernement de le démanteler. « Il est temps de reconnaître que malgré sa complexité administrative et juridique, les dommages qu’il cause justifient pleinement un examen sérieux, voire le retrait complet du système tel qu’il est actuellement appliqué », a déclaré M. Letellier.
« Nous ne demandons pas un passe-droit. Nous demandons simplement que notre réalité soit prise en compte », a ajouté M. Letellier, soulignant que la communauté agricole est consciente de l’urgence climatique. « Nous constatons déjà les effets du changement climatique sur nos cultures, nos conditions de travail et nos moyens de subsistance », a-t-il poursuivi, insistant sur le fait que les agriculteurs sont depuis des années à l’avant-garde de la recherche de solutions pour réduire l’empreinte carbone du secteur.
Les agriculteurs québécois sont techniquement exemptés du système provincial de plafonnement et d’échange, mais ils contribuent au Fonds d’électrification et de changements climatiques par la voie de coûts additionnels facturés par les distributeurs de combustibles fossiles. Sylvain Pilon, président des Producteurs de grains du Québec, a souligné qu’au cours de la dernière décennie, les producteurs ont versé plus de 480 millions de dollars au Fonds d’électrification et de changements climatiques, alimenté par l’argent collecté par le biais du SPEDE.

« Nous ne sommes pas contre l’idée de réduire les émissions de GES. Mais pour que le système fonctionne, il faut qu’il soit juste, cohérent, efficace et équitable. Ce n’est pas à nos fermes de payer pour un système qui ne marche pas », a déclaré David Phaneuf, administrateur représentant les Producteurs d’œufs d’incubation auprès de la Fédération. Il estime perdre environ 25 000 dollars par an en coûts directs pour le propane, le gaz naturel et le carburant nécessaires au fonctionnement de son exploitation. Il a affirmé que l’exploitation avicole moyenne verse environ 4 150 dollars au Fonds d’électrification et de changements climatiques.
M. Phaneuf a fait valoir que les agriculteurs sont constamment mis au défi de devenir plus compétitifs. « J’ai l’impression que l’entraîneur me dit d’aller jouer, mais de laisser mon bâton dans le vestiaire », a-t-il expliqué, ajoutant que ces coûts transférés représentent des pertes nettes qui ne sont pas récupérables.
Alain Primeau, producteur du Haut-Saint-Laurent, qui était présent lors du lancement de la campagne, a déclaré que la situation avait atteint un point où elle n’avait plus aucun sens. « On nous fait payer des carburants qui sont essentiels à l’agriculture. Cela nous empêche d’être plus compétitifs, plus efficaces, et nous ne pouvons pas investir », a-t-il expliqué, précisant que ces frais supplémentaires lui coûtaient environ 5 000 dollars par an. « Même si on respecte l’environnement, c’est un obstacle », a-t-il déclaré.
Le président général de l’UPA, Martin Caron, a souligné que si les agriculteurs québécois sont à l’avant-garde en matière d’efforts environnementaux, ils en supportent une part trop importante. « Cette injustice, qui consiste à payer ces coûts supplémentaires sans pouvoir les refacturer, doit cesser. Et ça ne peut pas s’arrêter dans six mois ou un an. Ça doit cesser maintenant ! », s’est-il exclamé.

