Une révision du cadre réglementaire en matière de pesticides a eu lieu, et les productrices et les producteurs agricoles devront s’ajuster à partir du 1er janvier 2025.
Les nouvelles exigences visent notamment à augmenter la précision du portrait de l’utilisation des pesticides au Québec, et sont basées sur les avancées des recherches et les suivis dans les cours d’eau de la province, qui montrent une augmentation de la concentration de certains pesticides, notamment ceux qui ont remplacé les néonicotinoïdes interdits en 2019.
Le changement qui risque de causer le plus de difficultés aux producteurs est l’inscription généralisée des enrobages de semences à la classe 3A; toute semence enrobée d’insecticide devra dorénavant faire l’objet d’une prescription et d’une justification agronomique. Les enrobages de fongicides ne sont pas touchés par la nouvelle réglementation, les producteurs pourront donc continuer à les utiliser sans prescription pourvu d’avoir le permis régulier E1 ou E2.
Les nouvelles mesures seraient nécessaires pour éviter l’utilisation systématique d’insecticides qui ne sont souvent pas nécessaires pour assurer la bonne croissance des plantes, « On sait par exemple que près de 80% des surfaces en maïs utilisent de la semence enrobée, alors que la science nous indique que c’est environ 4% qui en auraient réellement besoin, » soulignait l’agronome Jacques Fadous, dans le cadre d’une visioconférence sur les nouvelles normes organisée par le Ministère de l’environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). « Il faut changer le reflexe, ce n’est pas juste une semence, c’est une semence enrobée d’un pesticide ».
Baisser l’utilisation systématique devrait également réduire les risques de développement d’une résistance chez les insectes, selon M. Fadous, qui n’a pas manqué de préciser que le ministère fait des efforts pour limiter les exigences au niveau de la paperasse. Il sera toutefois nécessaire d’inscrire l’utilisation de semences enrobées d’insecticides au registre des pesticides, toujours à partir de 2025.
De nombreux producteurs font déjà des pas dans le sens de la nouvelle réglementation, mais se questionnent sur les moyens proposés : « Personnellement à court terme ça ne va pas m’affecter, ça fait déjà 2 ans que je n’utilise pas d’insecticide sur mon maïs, » commente Marie-Claude De Martin des Fermes Ajiro 89 Inc. à Godmanchester. « Par contre, l’an passé je ne suis pas certaine de ne pas avoir eu de problème de levée causé par des insectes (…) À long terme, il n’y a rien qui me dit que je ne suis pas à l’abri d’une énorme infestation qui peut se produire une année au hasard. L’insecticide est vu un peu comme une assurance. Qui va payer pour les pertes? »
Selon le MELCCPF La Financière agricole du Québec travaille justement en collaboration avec le ministère de l’Agriculture pour s’adapter aux nouvelles exigences, mais c’est bien peu pour rassurer Mme. De Martin.
« Je suis d’accord qu’on (ne mette pas de pesticides) systématiquement partout. Avec les clubs agro on faisait nos essaies de ce côté. Je suis fatiguée qu’on nous prenne (les producteurs) pour des abrutis et qu’on nous mette des règlements ici au Québec qui n’ont même pas lieu en Ontario ou aux États-Unis. Ensuite on se dit tout le temps: ça va être quoi la prochaine chose à réglementer », dit celle qui propose d’appliquer le principe de la réciprocité des normes et compenser les producteurs pour le risque encouru.
Du moins, les coffre à outils des producteurs demeure intact pour le moment, même si son utilisation sera davantage encadrée. « On n’est pas dans une optique d’interdiction, mais plutôt dans une optique d’accompagnement », soulignait l’agronome du MAPAQ Marie-Edith Cuerrier, qui participait à la visioconférence. « On ne fonctionne pas comme en Europe ou des molécules sont complètement interdites. On demande juste qu’elles soient utilisées quand c’est réellement nécessaire pour régler une problématique ».
Parmi les nouvelles mesures, mentionnons l’interdiction de posséder un pesticide à moins d’être autorisé à le vendre ou à l’utiliser, ainsi que l’obligation pour ceux qui font l’ensemencement à forfait d’avoir un permis d’application de pesticides en terre cultivée, disponible sur le site de la SOFAD.
Il n’y aura toutefois pas de nouvelle reddition de compte au MELCCFP pour les producteurs. Le Ministère ira chercher des données sur la vente de pesticides directement auprès des vendeurs au détail afin de dresser un portrait plus complet des quantités utilisées dans chaque région.
Les agronomes seront d’ailleurs formés sur les nouvelles dispositions pour aider les producteurs à s’adapter. D’autres formations suivront, et les producteurs sont priés de rester à l’affut des communications en provenance du ministère et de l’UPA. De plus amples informations sont d’ailleurs disponibles sur le site quebec.ca en cherchant « Règles d’application des pesticides en milieu agricole ».

