The Gleaner
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Profs en temps de crise

Iris Delagrange

Tout a basculé le jeudi 12 mars dernier. Le lendemain, les écoles devaient fermer pour la journée seulement.
“La CSVT nous a habitué pas à fermer ses établissements facilement,” explique une enseignante de la commission scolaire, qui souhaite rester anonyme. Elle fait ici référence à la tempête du 7 février, qui était une journée pédagogique et ou plusieurs enseignants ont bravé les conditions météorologiques difficiles pour venir travailler et que le premier ministre Legault avait qualifié par erreur de “journée de congé.” Beaucoup d’enseignants au Québec n’avaient pas pu se rendre au travail ce jour-là. Mais revenons au 12 mars. C’est en soirée que les directions d’école de la région ont contacté les professeurs par courriel pour leur annoncer la fermeture du lendemain, leur précisant de “rester à l’affût des nouvelles et prêt de notre ordinateur” car d’autres informations importantes allaient suivre.
Puis, le premier ministre François Legault annonçait que les voyageurs revenant du sud devaient s’isoler pour quatorze jours.
Immédiatement, l’enseignante pense à tous ses collègues qui reviennent des pays chauds.
“C’est à ce moment que j’ai compris que ça n’avait pas de bon sens…Nous sommes déjà en pénurie de suppléants. Je savais que c’était mission impossible de trouver autant de remplaçants. Ça sentait le chaos!”
Ce jour-là, comme beaucoup d’autres enseignants, elle a pensé à ses élèves. Quelque chose de très sérieux était entrain de se passer. Personne ne connaissait encore la gravité de la situation. Comme pour beaucoup de monde, c’était la routine: la préparation des cours, les livres. Peu de gens s’occupaient encore de ce qui se passait ailleurs dans le monde.
Tout cela allait changer.

L’annonce est tombée le vendredi 13 mars: toutes les écoles seraient fermées pour au moins deux semaines! “En mème temps qu’en France,” nous dit une autre enseignante de la CSVT. Les consignes de la commission scolaire étaient claires et empreintes de bienveillance: restez chez vous jusqu’au 27 mars, appelez le numéro 1-877-644-4545 si vous avez des symptômes. “Pour moi, ça n’avait pas de sens de passer d’un jour de fermeture à deux semaines.” Sa première pensée a été pour ses élèves. Ou vont-ils aller? Ceux qui sont en difficulté, qui va les prendre en charge? Et si ça se prolonge?
Les enseignantes ont écouté religieusement les conférences de presse du premier ministre. Elles ont également reçu des courriels de leur syndicat (les enseignants sont, après tout, en période de négociation!)

Alors puisque nous devons rester chez nous, il est important de faire des choses positives.
“Faites des activités pour être heureux,” conseille une des deux enseignantes. L’école à la maison, cela ne s’improvise pas. “Faites des activités scolaires seulement si cela ne vire pas à la troisième guerre mondiale!” s’amuse la professeure. Car il n’est pas simple de s’improviser enseignant pour ces enfants. Ce n’est d’ailleurs pas ce que le gouvernement recommande. “Lavez-vous les mains, jouez au monopoly, faites du ménage, allez marcher, ne restreignez pas les jeux vidéos aussi sévèrement qu’en temps scolaire. Certains personnes font déjà suffisamment d’anxiété…n’en rajoutons pas…” conseille t-elle avec humour.

 

Certaines écoles du réseau comme lécole Notre Dame du Rosaire offrent des services de garde aux enfants des travailleurs essentiels PHOTO Sarah Rennnie

 

Et une enseignante en repos forcé, ça fait quoi? “Je fais des apprentissages en pliant les vêtements ou en rangeant la vaisselle.” Des “apprentissages en jasant” comme elle explique. Un exemple? Comment écrit-on les mots de la phrase: “je capote sur les tartelettes portuguaises”. Quel est le sujet? Le verbe?
En écoutant les conférences de presse des dirigeants, l’enseignante conseille aussi de “jouer aux innocents” en demandant aux enfants: pourquoi faut-il faire ça? Ils ont l’air d’y tenir vraiment beaucoup, pourquoi? Pourquoi faut-il se laver les mains autant? Puis laissez les enfants répondre. “Vous venez de faire de l’éthique!” rit-elle.
Mais le plus important, c’est de profiter de ce temps pour souffler. “Si on y pense,” songe la deuxième enseignante que nous avons questionné, “c’est rare d’avoir le temps de se poser, de respirer, de réfléchir. Si vous ne pouvez pas aller dehors, allez en-dedans.” Pour elle, cette crise est une opportunité de penser à la société, aux causes et enjeux de ce qui se passe, au futur.
“Et puis si vraiment vous voulez faire l’école à la maison, contactez les professeurs de vos enfants, ils partageront sûrement avec plaisir des suggestions pour poursuivre les apprentissages!”conclut l’enseignante.

Et le futur à court terme pour les étudiants? Difficile à dire, selon les deux profs interrogées. “Il faut attendre 28 jours sans nouveau cas pour pouvoir lever les interdictions et pour l’instant, le nombre de cas augmente de jour en jour…” appuie l’une d’elle avec gravité. Plus le temps passe, et plus la fin de l’année scolaire semble compromise. Surtout que le gouvernement vient d’annoncer que les examens du ministère étaient annulés. Les enseignants devront donc s’ajuster. “À mon avis, il était temps. On évalue trop et on manque de temps pour des activités stimulantes,” explique t-elle, suggérant encore une fois que même si la situation est sérieuse, beaucoup de bonnes choses pourraient émerger de tout cela.

En attendant, les deux enseignantes se font du soucis pour certains élèves. Pour les enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, la privation d’école risque d’aggraver leur situation déjà précaire. Dans les dernières années, les mesures d’aide à l’école ont déjà été réduites au minimum. “En effet, dû aux coupures antérieures du gouvernement dans les services d’orthophonie et de psychoéducation, les services d’aide sont insuffisants en temps normal,” explique l’enseignante, l’air soucieuse. Il est certain qu’en restant à la maison sans bons outils, certains enfants vont être encore plus défavorisés.

Steve Bissonnette, auteur-virtuose de plusieurs ouvrages en éducation, nous ramène à l’essentiel en nous disant ceci:
“ Pour l’instant, en ces moments de tourmente, il existe deux choses que bien des parents québécois sont capables d’enseigner à leurs enfants avec un peu de bonne volonté. La première est simplement la vie, avec l’importance des liens et des gens qui nous entourent. La seconde est le respect envers ceux qui se battent en première ligne pour contrer cette pandémie; médecins, infirmières, pharmaciens, éducateurs, camionneurs, concierges, commis d’épicerie, etc.”

Pour celles et ceux qui souhaitent offrir à leurs enfants des activités pédagogiques, il y a plein d’outils sur internet. Même Télé-Québec annonçait dernièrement une programmation “Télécole-Québec” à compter du 30 mars.

Personnellement, les deux enseignantes (et elles sont sûrement beaucoup comme elles) s’ennuient de leurs élèves, de leurs collègues et amis. “Les enfants ont tellement besoin de se faire prendre dans nos bras…” confie l’une d’elles, ajoutant que cela lui faisait mal au coeur de penser aux mesures de confinement et aux distances sociales essentielles. Alors en attendant de pouvoir retourner en classe, les enseignantes restent positives et encouragent les enfants et leurs familles à en faire de même!

Au 4 avril, la CSVT avait annoncé les mesures suivantes:
La mise en ligne d’une liste de liens pour des activités pédagogiques sur la page Facebook de la CSVT ainsi que sur le site internet de celle-ci
Dans la semaine du 6 avril, les équipes-écoles recevront des trousses pédagogiques du MEES et vous les achemineront chaque semaine. Ces activités sont optionnelles et ne feront pas l’objet d’une évaluation. Chaque équipe-école, supportée par sa direction, sera aussi responsable, dans la mesure du possible, d’assurer un suivi hebdomadaire personnalisé auprès des élèves.
La récupération des effets personnels essentiels des enfants par les parents qui avait été amorcée a été annulée selon les direction de la Direction de la santé publique de la Montérégie et est reportée à une date ultérieure encore inconnue.

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