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Retour à l’école : entre obligation et cri du coeur

Iris Delagrange

Après presque deux mois de “pause” c’est officiel, dans certaines régions dites froides, les établissements scolaire de niveau primaire et les services de garde vont réouvrir le 11 mai prochain.

La première fois que le gouvernement a parlé de ce fameux retour en classe des petits écoliers, un grondement sourd s’est fait entendre; parents et enseignants -et leurs syndicats- ont levé la main et ont demandé “mais est-ce sécuritaire pour tout le monde?”

La réponse n’est ni noire ni blanche: nous ne savons toujours pas grand chose de ce virus. Et pourtant, il faut bien retourner en classe, au travail.

“Mon fils de 7 ans a sauté de joie,” nous confie une jeune maman, résidente du Haut-Saint-Laurent. “Son papa et moi, beaucoup moins…On aimerait pouvoir le garder jusqu’en septembre, mais nous devons retourner au travail.” Le ton est donné.

“Beaucoup de parents m’écrivent pour me dire qu’ils vont se débrouiller pour garder leurs enfants. Ils ont peur que leur petit attrape le virus et le ramène à la maison,” explique une enseignante de la Commission scolaire de la Vallée des Tisserands, elle-même maman de deux enfants d’âge scolaire.

Lorsque questionnée sur les mesures qui seront mises en place afin de limiter la propagation du virus, l’enseignante semble un peu perdue. “Sur papier, il y a plein de directives. En réalité, nous avançons à l’aveugle,” avoue t-elle avec un certain désarroi.

Des directives, oui, mais pour quelle application?

Dans une lettre envoyée au personnel enseignant de la CSVT, on peut lire que l’employeur est en pourparler afin d’obtenir du matériel de protection personnelle comme des gants, masques et du gel hydro-alcoolique pour les classes. Les effectifs seront réduits à des groupes de 15 élèves et les repas seront pris dans les classes afin d’éviter les rassemblements dans la caféteria. Les récréations seront aménagées afin d’éviter que trop d’élèves s’y trouvent au même moment. Les attentes pédagogiques sont toujours en cours d’évaluation pour le reste de l’années scolaire.

Les membres du personnel à risque doivent se signaler à leur employeur en remplissant un formulaire (femmes enceintes, personnes avec une condition médicale particulière, etc)

Pour ce qui est du dépistage, le gouvernement a annoncé que des tests seraient effectués dans les collectivités sur des personnes symptomatiques afin de pouvoir isoler rapidement les personnes malades.

“Nous sommes très inquiets. Pour les enfants et pour nous,” lance une autre enseignante en primaire de la commission scolaire. “Nous allons nous retrouver en première ligne et nous avons le sentiment d’avoir peu d’informations sur ce virus. On nous dit que les enfants sont peu touchés par des formes sévères, mais sont infectés quand même. Pour les adultes, c’est une autre histoire…” lâche t-elle, agacée. Le message des autorités sanitaires de la province est clair: oui, il y aura sûrement une recrudescence des cas due à la réouvertuyre progressive des services et écoles. Oui, il y aura des décès. Nous sommes prévenus.

Dans les discussions avec les syndicats, c’est à peu près le même ton: certains crient à l’hérésie, d’autres sont plus souples dans leur discours. “On savait, lorsque le premier ministre a tout fermé, que ça pouvait pas durer…” explique une des deux enseignantes. Il ne s’est pas passé beaucoup de temps depuis que la société et surtout l’économie Québécoise ont été mises “en pause.” Le virus s’est propagé, oui, mais au final on n’en sait pas beaucoup plus.” dit-elle, avec raison. “On lis des articles de journaux venant de Grande-Bretagne et de France où l’on peut lire que les cas de complications pouvant être liés à une exposition au COVID-19 par les jeunes enfants sont en augmentation,” explique un autre parent, inquiet. “On va les envoyer au front mais si jamais ça tourne mal, qui va payer les pots cassés?” dit-il avec tristesse. Ce père de famille, au chômage technique depuis 1 mois, restera à la maison pour s’occuper de ses deux enfants. Il a fait une demande de PCU (Prestation Canadienne d’Urgence) au lorsque son employeur l’a mis à pied par manque de travail. “Il est hors de question que je les envoie au front,” conclut-il.

Beaucoup de parents et enseignants partagent cet avis: les écoles restent d’ailleurs fermées jusqu’en septembre dans d’autres provinces ainsi que dans d’autres pays comme l’Italie, un des pays Européens les plus touchés par le virus.

La question de l’immunité collective

En anglais “herd immunity” ou immunité collective, cette notion de “laisser” le virus courir dans la population la moins à risque (enfants, jeunes adultes) afin d’atteindre un niveau d’immunité se situant entre 70 à 80%, est un concept que le public a entendu plusieurs fois dans la bouche de politiciens, médecins, journalistes. S’il est vrai que cette immunité a, par le passé, aidé à enrayer certaines épidémies graves, est-il pour autant éthique de le faire consciemment et surtout, par les enfants?

Si la plus grande prudence a, depuis le début de la crise du COVID-19, été de mise, n’est-il pas prématuré de dire aux parents, aux enseignants et au personnel scolaire qu’il est temps “d’y retourner” et cela même si on mesure mal les risques que cela engrange?

“Ils n’ont pas le choix,” ajoute une enseignante. “Les parents doivent retourner travailler pour faire tourner l’économie. La situation est déjà grave…Il y a beaucoup de gens au chômage…”

Un des deux parents qui a témoigné partage cet avis. “On nous dit que le retour à l’école se fait de façon volontaire, mais a t-on vraiment le choix? Je n’ai personne dans mon entourage pour garder mes enfants, je retourne au travail dans deux semaines. Je suis coincée et ça me fend le coeur.”

Il est à noter que pour les familles décidant de garder leurs enfants à la maison pour le reste de l’année, un suivi pédagogique à distance sera offert par les écoles et la CSVT. Pour plus d’informations, les parents peuvent contacter la direction de leurs écoles respectives.

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