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Retraite bien méritée pour le barbier de Huntingdon

Les journées les plus chaudes de la saison sont de toute évidence derrière nous en ce samedi matin de la mi-août, devant le petit salon situé au 71 rue Châteauguay à Huntingdon, en face de la pharmacie. C’est la toute dernière matinée de travail pour Yvon Asselin, le barbier du village. Habillé avec soin, l’homme caresse avec une certaine mélancolie le cuir rouge du fauteuil qui a vu passer 58 années de clients fidèles. “Je suis ouvert jusqu’à midi et j’ai des clients ce matin,” annonce le barbier avec fierté. Comment se sent-il?

“Mi-figue mi-raisin,” confie l’homme en parlant de ce dernier jour de travail à la fois attendu et redouté. Asselin a appris son métier en compagnie de son prédécesseur, M. Durocher, après être sorti de l’École des métiers commerciaux de Montréal en 1962. Cette école a fermé ses portes en 1968, mais dans l’Encyclo Mode Québec sur le site web du Musée McCord, on peut lire: “L’École des métiers commerciaux de Montréal ouvre ses portes en septembre 1946 dans le bâtiment fraîchement rénové du 1265, rue Saint-Denis à l’angle de la rue Sainte-Catherine auparavant occupé par l’Université de Montréal. Elle est créée par le ministère du Bien-être social et de la Jeunesse afin de répondre aux demandes pressantes des civils et des militaires démobilisés après la guerre, mais aussi afin d’ouvrir la voie à la jeunesse ouvrière aux postes de commande de l’industrie alors florissante. L’École offre des programmes tels que la coiffure, la cuisine professionnelle, la boulangerie, l’hôtellerie ou la chapellerie.”

 

Yvon Asselin barbier de Huntingdon pose à coté de sa chaise de barbier iconique quelques heures avant de prendre sa retraite PHOTO Iris Delagrange

 

Partenaire à 50% avec Durocher dans le salon, qui avait au début de son existence pignon sur rue plus loin sur la rue Châteauguay, Asselin a donc perfectionné son savoir-faire auprès de cet homme généreux pendant 10 années. Puis dans les années ’70, la mode masculine est passée des coupes courtes de l’après-guerre aux cheveux longs. “Il n’y avait plus assez de travail pour deux!” s’exclame le barbier.
Durocher, qui avait 67 ans, a donc décidé de partir à la retraite et de vendre sa part à Asselin, lui encore dans la trentaine. Ce dernier s’est donc adapté aux modes au fil des ans. “J’ai travaillé sur les cheveux longs, courts, les barbes. J’ai tout vu! Et là depuis cinq ou six ans, on est revenu à la même chose que quand j’ai commencé il y a 58 ans.” Comme quoi la mode ne se réinvente jamais vraiment.

Bien plus que coiffeur

Dans une communauté rurale comme Huntingdon et ses environs, le barber shop est un service de proximité aussi essentiel que le boucher, le boulanger ou encore le laitier. Car le barbier ne coupe pas seulement les cheveux et les barbes: il est le confident de ses clients. Clients qui, après des années de visites régulières, sont pour certains devenus de très bons amis. Asselin donne l’exemple de ce groupe d’hommes qui passait presque chaque jour au salon pour jaser. “Vous savez quand le poisson fait 25 pouces le matin et est rendu à 40 le soir? C’était ça, le salon,” dit-il avec amusement. Et malgré la disparition progressive des petits commerces locaux qui faisaient jadis la vie d’une rue passante comme la rue Châteauguay, le petit établissement d’Asselin est resté.

“Je tiens à remercier mes clients. J’ai été choyé pendant toutes ces années! J’aurais pu partir pour Valleyfield. J’ai choisi de rester ici et j’en suis fier.”

Et puis le salon, “c’est une belle école de la vie,” explique l’homme avec conviction. Sur sa chaise se sont succédés des clients de différentes nationalités et cultures; des Allemands, des Hollandais, des Irlandais, des Anglais, des Français. En plus d’une coupe, Asselin offrait une oreille attentive. C’est ce qui a fait son succès.

Et puis si l’on se tourne vers le futur, il y a la relève. Car Yvon Asselin ne cache pas son bonheur en annonçant qu’une jeune femme motivée, résidente de la Vallée et ayant déjà cinq années d’expérience en poche, va reprendre le petit commerce du retraité. Jennifer Montreuil, après quelques rénovations dans le salon, prendra à son tour ciseaux et rasoirs et accueillera les clients du coin, perpétuant ainsi une tradition locale qui a encore de l’avenir!

 

 

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