Lorsque Nathalie Boisvert est déménagée à Dundee, durant la pandémie, elle a commencé à arpenter les routes à pied. En marchant sur le chemin Ridge, un voisin lui a raconté qu’en travaillant dans son jardin, il avait déjà trouvé plusieurs bouteilles cassées datant d’il y a très longtemps. Il mentionna aussi que sur son terrain, plus loin près de la frontière, il y avait peut-être encore les restes d’un magasin général, ayant appartenu à une certaine Mary Riley. Ce magasin général, un « line store » aurait été un lieu reconnu de contrebande.
Sa curiosité a aussitôt été piquée, d’autant plus qu’elle avait appris qu’une Mary Riley Road longeait la frontière du côté américain. À la suite d’une première recherche, elle trouve un article sur la contrebande de whisky dans le secteur de Dundee dans le New York Herald Magazine du 21 avril 1921. L’article y présente Mary Riley comme une espèce de « déesse triomphante (…) désormais passée à l’histoire ». On y parle de meurtre, de maison qui explose et de ruines. Comment résister à une telle histoire ?
Après une rencontre avec le comité historique de Dundee, Mme Boisvert découvre que cette femme a vraiment existé et qu’elle a effectivement tenu un magasin général à Dundee entre les années 1875 et 1890 environ. Pour épaissir encore davantage le mystère, un autre voisin plus âgé lui assure qu’il a souvent entendu parler de Mary Riley et que des tunnels liés à la contrebande avaient déjà été creusés sous la frontière. D’autres recherches lui apprennent que des femmes étaient réputées être fortement impliquées dans la contrebande dans la région, mais aussi chez nos voisins du sud. Il y avait même déjà eu une petite armée de femmes contrebandières toutes surnommées « Ma » (maman) dans les Adirondacks. Celles-ci étaient aussi reconnues comme productrices de « Moonshine » (alcool maison).

Vérités ou légendes, peu importe. Nathalie Boisvert est une autrice dramatique. Le réel est un point de départ pour faire vivre des personnages et elle vient de trouver un beau sujet inspirant avec ses défis et ses anachronismes apparents. Elle s’adjoint un collaborateur, George Krump, rencontré il y a longtemps à l’école de théâtre et désormais installé à Huntingdon. Ensemble, ils poursuivent la recherche et développent le projet. Tout ce que ces deux créateurs ne réussissent pas à documenter, ils le fabulent, l’inventent par l’écriture et les montages photographiques. Il s’agit d’un projet artistique après tout ! Qu’elle soit Mary Riley, Reilly ou O’Reilly, cette femme aux multiples visages a laissé quelques traces autour de Dundee, puis à Minneapolis, à l’ouest, sur le même 45e parallèle. Femme d’affaires ou criminelle, elle a certainement marqué suffisamment son époque pour nous laisser quelques mythes ou légendes.
Le résultat de leur travail de recherche et de création sera présenté au printemps 2025 à la Salle Alfred-Langevin. D’ici là, les deux collaborateurs lancent un appel à la population pour toute histoire, anecdote ou photo en lien avec Mary Riley, la contrebande et la vie près de la frontière à la fin du 19e siècle. Vous pouvez leur écrire à projet.maryriley.project@gmail.com en français ou en anglais, de manière anonyme ou non. Ils ont hâte de connaître vos histoires !

