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Traversées de migrants en hausse à Hemmingford

Eugenie Officer a grandi le long de la frontière à Franklin, et elle vit aujourd’hui sur une route adjacente à la frontière américaine, à Hemmingford. Elle dit avoir entendu parler de personnes qui traversaient la frontière, mais n’avoir jamais rien vu de concret jusqu’en février dernier, lorsqu’une partie de son chemin rural est soudainement devenu une zone de tension.

« C’est le chaos », dit Mme Officer, surtout la nuit. « On voit des voitures ralentir et des gens courir », s’exclame-t-elle, précisant que des personnes ont été déposées chez elle tandis que d’autres ont traversé son jardin en direction du boisé. N’ayant pas grand-chose d’autre à faire, elle dit appeler souvent au détachement de la GRC le plus proche.

« Je pense que seuls ceux qui vivent cette situation au jour le jour comprennent l’ampleur du problème, déclare Mme Officer. J’ai vraiment de la peine pour les personnes que l’on dépose, car même si elles savent que ce qu’elles font est risqué, je ne suis pas sûre qu’on leur dise à quel point c’est risqué », ajoute-t-elle.

« On les dépose sur la route. Elles ne savent pas où elles vont. Elles ne parlent pas anglais », explique la résidente de Hemmingford. « C’est choquant ».

Mme Officer admet que les derniers mois ont été éprouvants, tant sur le plan mental que sur le plan émotionnel. Au moins une ou deux fois par semaine, elle trouve des sacs abandonnés. Récemment, elle a trouvé un sac de couches contenant des bouteilles de préparation pour nourrisson et des chaussures pour enfants. « Le simple fait de savoir qu’il y a des enfants qui vivent cela me brise le cœur. Je comprends que ce n’est pas un problème facile à résoudre. C’est un problème aux facettes multiples et il y a beaucoup de choses qui se passent, s’exclame-t-elle, mais c’est incontrôlable ».

Le sergent Charles Poirier de la GRC est du même avis. Il affirme que les détachements de Valleyfield et de Champlain, qui couvrent le territoire le long de la frontière entre Dundee et le lac Memphrémagog, sont particulièrement préoccupés par la situation. « Il est très rare qu’il n’y ait pas d’interception tous les soirs », affirme-t-il. En moyenne, les agents qui couvrent le secteur Champlain trouvent entre 50 et 70 personnes par semaine. « Cela signifie au moins cinq, six, parfois dix appels par nuit », explique-t-il.

Les agents sont encore plus occupés du côté américain, où le secteur Swanton de la U.S. Border Patrol (USBP) rapporte que les agents appréhendent actuellement une centaine de personnes par jour. Selon M. Poirier, les relations de travail entre la GRC et l’USBP ont évolué et les deux unités travaillent désormais en étroite collaboration. « C’est un peu comme le chat et la souris : si nous arrivons quelques secondes ou quelques minutes trop tard et que le passage a réussi, nous devons transmettre rapidement l’information aux Américains », explique-t-il.

M. Poirier admet que la GRC a été prise au dépourvu par l’augmentation soudaine des mouvements vers le sud à la suite des modifications apportées à l’accord sur les tiers pays sûrs en mars 2023. Au début, c’étaient surtout des personnes d’origine mexicaine qui traversaient, mais les nouvelles exigences en matière de visa ont rendu la chose plus difficile.

« Ce que nous voyons maintenant, ce sont des personnes originaires d’Inde qui arrivent par avion à Montréal ou à Toronto », explique M. Poirier.  Quelques heures plus tard, ils sont déposés près de la frontière, parfois par des chauffeurs de taxi ou d’Uber, souvent munis de plaques d’immatriculation de l’Ontario. Les enquêtes de la GRC ont permis de déterminer que les personnes sont recrutées en Inde par des réseaux de passeurs qui demandent plus de quelques milliers de dollars par personne.

La GRC travaille maintenant avec les associations de taxis et Uber pour s’assurer que les chauffeurs sont conscients des dangers associés à ce type de travail. « S’il y a une tragédie, le chauffeur devra répondre à certaines questions », dit M. Poirier, qui suggère que les chauffeurs ont une responsabilité morale et, selon leur niveau d’implication, une responsabilité juridique également.

 

Eugenie Officer une habitante dHemmingford affirme quelle trouve de plus en plus fréquemment des bagages abandonnés par des migrants tentant de passer aux États Unis depuis sa propriété PHOTO Eugenie Officer

 

M. Poirier indique que la GRC s’efforce également de déstabiliser les réseaux, mais ceux-ci sont particulièrement agiles et les points névralgiques ne cessent de se déplacer. Selon lui, le cadre législatif canadien n’aide pas non plus. Les lois sur les douanes et l’immigration permettent à la GRC de détenir, de fouiller les sacs et d’interroger les personnes qui entrent illégalement au Canada, mais dans le cas des personnes qui tentent de passer aux États-Unis, il n’y a pas grand-chose à faire.

M. Poirier explique que dans la plupart des cas, les personnes interceptées au Canada n’ont pas commis d’infraction, même s’il est très clair qu’elles ont l’intention d’entrer illégalement aux États-Unis. « Nous n’avons pas d’autre choix que de les laisser partir », explique-t-il, précisant que cela signifie parfois que les agents poursuivent les mêmes personnes plusieurs fois au cours d’une même nuit, car une fois qu’une tentative de passage a été interrompue, il est plus que probable que les individus essaieront à nouveau juste au bout du chemin.

« Ce n’est pas une question de capacité. Nous pourrions avoir mille agents sur le terrain, cela ne changerait rien. C’est vraiment une question d’outils à notre disposition », admet M. Poirier, qui estime que la situation met beaucoup de pression sur leurs ressources.

En plus de collaborer avec l’USBP, la GRC travaille également en étroite collaboration avec les résidents. « Ils sont nos yeux et nos oreilles, explique-t-il. Mais nous voulons aussi qu’ils se sentent en sécurité et qu’ils ne s’attendent pas à ce que des incidents se produisent constamment sur leur propriété ».

M. Poirier demande aux résidents de composer le 911 s’ils voient quelque chose qui sort de l’ordinaire. « Ne tenez pas pour acquis qu’il ne s’agit pas d’une urgence », dit-il, notant que même si la frontière peut sembler n’être qu’à quelques centaines de mètres, les migrants désorientés peuvent parfois marcher jusqu’à 18 heures en tournant en rond. « Il faut vraiment intervenir tout de suite », insiste-t-il.

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