The Gleaner
Agriculture

Un cri de cœur des agriculteurs devant un avenir préoccupant

Aux voix des enseignants, des infirmières et des professionnels de la santé s’ajoutent désormais les agriculteurs et agricultrices de la province, qui sont descendus dans la rue pour manifester devant l’Assemblée nationale du Québec, le mercredi 6 décembre.

« On est au cœur de la solution » clamaient d’une même voix plus de 1000 agriculteurs venus en autocars de toutes les régions de la province pour porter un message clair au gouvernement que la situation actuelle est intenable.

Devant l’augmentation du prix des intrants et de la main-d’œuvre, en plus de la hausse importante des taux d’intérêts et une météo désastreuse en 2023, le modèle actuel ne fonctionne plus, et les programmes du gouvernement doivent être actualisés pour mieux soutenir les fermes de la province, selon de nombreux agriculteurs interrogés.

« J’ai un fils à qui on vient de transférer la ferme, révèle le producteur laitier Jason Erskine. On vient d’achever un grand projet pour l’avenir, on investit dans la ferme pour le long terme avec un capital important pour développer l’entreprise. Je veux qu’il réussisse !

Habituellement, les coûts augmentent chaque année et nous investissons dans nos exploitations en achetant du matériel plus performant, en nous spécialisant, etc. pour augmenter la productivité, et ça finit par s’équilibrer.  Avec les taux d’intérêt élevés, ce n’est plus possible.  Les gens disent «eh bien, vous n’aurez qu’à dépenser moins», mais si on arrête d’investir et d’augmenter la productivité, les prix vont augmenter ».

Même son de cloche auprès de Michael Kessler, nouveau propriétaire de la ferme Willkess à Hinchinbrooke. « Je fais partie de la relève en ce qui concerne la reprise de l’exploitation. Ils nous ont déjà coupé beaucoup de subventions – ce qui me préoccupe, c’est qu’ils ne réalisent pas à quel point nous sommes importants. Ils pensent que quoi qu’ils fassent, nous ne ferons pas trop de bruit, mais l’agriculture a besoin d’un avenir, ils ne peuvent pas nous oublier non plus. Pas d’agriculteurs, pas de nourriture ».

Selon l’Union des Producteurs Agricoles, organisateurs de la marche du 6 décembre, les budgets de l’état en matière d’agriculture ont reculé de 18% au fédéral depuis 10 ans, alors qu’il est tombé de 1.47% du budget total du Québec à 0.98%. Au cours de la même période, l’endettement des producteurs a augmenté de 115 %.

 

Plus de 1 000 agriculteurs se sont rendus à Québec le 6 décembre pour manifester devant lAssemblée nationale Les agriculteurs réclament davantage de soutien et de reconnaissance de la part du gouvernement PHOTO Ian Ward

 

C’est une pression ressentie par Éric Leboeuf, un producteur de gibier à Hinchinbrooke qui a participé à la marche « par solidarité pour la relève et pour une aide face aux perturbations climatiques », a commenté celui qui participait également au congrès de l’UPA en marge de la marche. Il se dit particulièrement préoccupé par l’avenir des jeunes producteurs.

« Nous sommes des passionnés de l’agriculture, a pour sa part déclaré la présidente de la Fédération de la relève agricole du Québec, Julie Bissonnette, devant l’Assemblée Nationale. Nous sommes de jeunes entrepreneurs résistants et déterminés. Nous devrions, cependant, être en mesure de vivre de notre métier. Les pressions financières et administratives sont énormes et pèsent sur nos épaules. Pour l’avenir nourricier du Québec, il est impératif que le gouvernement soutienne davantage la relève agricole et d’en faire une priorité de la politique bioalimentaire du Québec ».

À la conclusion de la marche, les dirigeants de l’UPA ont présenté un manifeste au ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, André Lamontagne, qui s’est prononcé quelques heures plus tard au congrès de l’UPA qui se déroulait tout près.

« Y’a pas un matin que je me lève, pis y’a pas un soir que je me couche, que je ne pense pas à vous autres et que je ne cherche pas, le lendemain matin, à faire le maximum possible pour toute vous autres ».

Pour sa part, Jason Erskine espère que le gouvernement posera des gestes concrets avant qu’il ne soit trop tard. « Il s’agissait d’une marche proactive. Les choses ne vont pas si mal que nous soyons dans une impasse, mais la trajectoire que nous suivons est préoccupante. On peut voir où ça commence à s’effondrer ».

Note : L’auteur est membre bénévole du conseil d’administration du syndicat de l’UPA du Haut-Saint-Laurent

Synthèse du manifeste de l’UPA « Pour la relève agricole et l’avenir de nos fermes » « Nous[…] en appelons à un élan collectif des citoyens et du gouvernement pour une agriculture et une foresterie viables et durables […] plus que jamais, la pérennité de nos fermes est remise en question. La conjoncture inégalée de paramètres économiques, environnementaux, climatiques et sociaux rend extrêmement vulnérables l’avenir de notre agriculture et notre capacité à assurer l’autonomie alimentaire du Québec. [Le] prix des intrants très élevés causés par l’inflation, augmentation des taux d’intérêt, conditions météorologiques exécrables entraînant une perte importante de récoltes, le tout sur fond de resserrement réglementaire, de manque de main-d’oeuvre et de pressions immenses sur le territoire agricole […] avec un des plus faibles financements accordés parmi les pays de l’OCDE. Aujourd’hui, nous, les 42 000 productrices et producteurs agricoles et forestiers du Québec, interpellons le gouvernement afin de prioriser notre mission si névralgique pour la société québécoise, à travers une nouvelle politique bioalimentaire forte et adaptée à l’ampleur de ces nouvelles règles économiques, environnementales et sociales […] [Nous] travaillons de concert avec les gouvernements successifs pour construire ce qu’est l’agriculture québécoise d’aujourd’hui : une des plus performantes en Amérique du Nord, la plus structurée collectivement, la plus familiale et en phase avec les demandes sociétales et les impératifs environnementaux. Nous avons plus que jamais à coeur que cela se poursuive dans ce nouveau contexte, pour que notre relève, nos terres agricoles, nos érablières et nos fermes familiales soient encore là dans 100 ans pour nous nourrir sainement et prendre part activement à la résilience de nos territoires ». (IW) Le texte intégral est disponible sur le site web upa.qc.ca/communique

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