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Une conjoncture difficile pour les musiciens professionnels

Dans la foulée de l’article publié récemment dans le Journal de Montréal sur la précarité financière des artistes, la chanteuse originaire de Salaberry-de-Valleyfield, Marie-Pierre Leduc, a accepté de témoigner de sa propre réalité professionnelle et financière.

Bien qu’elle poursuive activement sa carrière musicale, l’ancienne participante à la quatrième saison de La Voix en 2016 ne tire pas l’ensemble de ses revenus de son métier de chanteuse. Depuis maintenant 22 ans, elle enseigne le chant, une activité complémentaire qui lui permet de maintenir un lien direct avec son métier. « Ça me tient en forme », explique-t-elle.

Mme Leduc habite une résidence intergénérationnelle avec ses parents, ce qui lui permet notamment d’éviter le poids d’une hypothèque. Durant la pandémie, elle a également bénéficié de certaines aides du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), un soutien qu’elle juge important dans son parcours.

« Nous ne sommes pas rendus au point d’aller travailler dans une usine, comme l’a fait le comédien Michel Laperrière avant d’obtenir son rôle dans Indéfendable, ou de retourner aux études à près de 40 ans, comme la chanteuse Stéphanie Boulay des Sœurs Boulay. Je me considère chanceuse. J’aurais simplement à ouvrir les valves et à accepter davantage d’élèves, mais avec mon conjoint, Michel Roy, nous avons choisi de limiter les cours de chant à trois jours par semaine afin de consacrer le reste du temps à nos projets musicaux. Les gens veulent encore faire de la musique en 2026, alors je me considère chanceuse », explique-t-elle.

À la question de savoir si elle a déjà ressenti de l’angoisse ou de l’inquiétude face à sa situation financière, la réponse de la chanteuse est immédiate : « Oui, régulièrement. Nous vivons en bi-génération, mais nous sommes endettés. Après La Voix, lorsque tu es reconnue comme artiste professionnelle, ce que je suis, nous avons choisi d’essayer de vivre de la musique. Nous avons donc pris la décision de s’endetter avec le premier album, de le faire à nos frais », raconte-t-elle.

Puis est survenue la pandémie.

« Les subventions nous ont donné un coup de main, mais elles servent surtout à payer le réalisateur en studio, le pisteur radio, la conception de la pochette ou encore les relations de presse. Au bout du compte, Michel et moi n’avons pas reçu de salaire », poursuit-elle.

La pression financière demeure omniprésente. « Souvent, on a la tête grosse et depuis la pandémie; la pente est dure à remonter. L’anxiété liée à l’argent, c’est tous les jours », confie-t-elle.

 

Portrait of a woman with wavy hair standing outdoors in a denim jacket, sunlight filtering through trees.
La chanteuse originaire de Salaberry de Valleyfield Marie Pierre Leduc PHOTO Courtoisie

 

Son conjoint et collaborateur musical, Michel Roy, partage le même constat.

« On n’est pas capable de subvenir à nos besoins avec cet argent-là, il n’y pas assez de retour. On n’a pas fait d’argent avec ces trois albums sortis jusqu’à présent. On a accumulé des dettes. On choisit nos spectacles, mais parce que nos chansons ne sont pas connues, on n’est pas capable de faire de grands événements », précise-t-il.

Pour Marie-Pierre Leduc, les difficultés du milieu artistique s’inscrivent dans un contexte économique plus large. « La situation économique mondiale ne va pas très bien. Tout à coup, on se met à parler de la situation des artistes et je pense que c’est pour cette raison que les réactions sont si fortes. Les gens se disent que c’est difficile pour tout le monde », souligne-t-elle.

« Depuis le deuxième et le troisième album, nous sommes avec la maison de disques Artic qui paye pour nous les dépenses reliées à la création d’un album, mais nous devons remettre une partie de nos redevances, ce qui nous apporte quand même une certaine quiétude », explique Mme Leduc.

Malgré les défis financiers, Marie-Pierre Leduc demeure optimiste quant à l’avenir. « C’est dans les spectacles que je garde mon espoir », affirme-t-elle.

La chanteuse prévoit d’ailleurs lancer un nouveau vidéoclip au mois d’août. Il s’agira d’une reprise de La vie en rose de Gilles Valiquette, qui fera d’ailleurs une apparition dans le vidéoclip.

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