The Gleaner
Agriculture

Une ferme de gardiens de semences rares à Howick

Semences Héritage produit plusieurs centaines de variétés de semences rares depuis déjà quatre ans, et l’entreprise grandit à la vitesse grand V. Selon le propriétaire et résident de Howick, David Proulx-mantha, c’est une évolution tout à fait naturelle de la ferme qu’il gère avec sa femme, et qui ne fait que répondre à la demande pour une diversité spectaculaire de variétés de légumes.

« Moi, à la base, je suis juste passionné de ça, mais je vois que ça rend service, et que beaucoup de monde sont intéressés par les variétés.  Ça fait que je veux juste remplir la demande. C’est vraiment ça le but ultime, puis il y a aussi l’aspect de la conservation des variétés », précise humblement M. Proulx-mantha.

Il augmente sensiblement la production cette année, tout en augmentant le nombre de variétés offertes de 400 à plus de 1000. Précisons qu’il ne s’agit pas de 1000 graines, ni de 1000 plants, mais bien de 1000 variétés distinctes de semence.

Décidemment un spécialiste de la diversité, le résident de Howick loue une terre à Sainte-Clotilde de 3,5 acres avec une serre chauffée et 4 serres non-chauffées, pour augmenter la production et la qualité de la semence. Il y produit notamment 6000 plantes de sa spécialité, les tomates ancestrales.

Mais pourquoi les jardiniers devraient-ils choisir des semences produites localement ?

« Le vrai avantage, c’est d’avoir des semences adaptées à ton climat vraiment très particulier. Des fois, tu vas avoir un climat plus humide ou sinon ton nombre de degrés-jours est différent d’un climat à l’autre. Même d’une ville à l’autre, des fois, c’est complètement différent. C’est ça le gros avantage. À force des années, les plantes font des micromutations, il y a de l’évolution qui va se faire. C’est ça la sélection », précise le semencier.

Il se voit également comme un gardien de semence, permettant de donner une deuxième vie à des variétés anciennes, perdues ou presque dans l’histoire.

Il raconte comment de nombreuses variétés sont disparues au début du 20e siècle, non pas par malchance, mais suite à la décision de gouvernements d’Europe, d’où provenaient la plupart des semences, d’interdire aux producteurs artisanaux d’en faire le partage. Une prohibition des moins connues, selon le semencier.

« C’est assez récent que les semenciers artisanaux peuvent vendre, du moins en Europe. Au début des années 1900 il y avait des milliers et des milliers de semences conservées depuis vraiment longtemps. Puis à cause des maladies, et je pense qu’il y avait un aspect commercial aussi à travers ça, ils ont vraiment interdit les passations des semences. Puis à cause de ça, il y a 60 pour cent, et même plus, des semences qui ont été éliminées, des variétés que tu ne trouveras plus jamais… Des fois il y a des accidents des variétés qui ont réussi à survivre », explique M. Proulx-mantha tout en racontant l’histoire de la tomate Mémé de Beauce, dont la semence aurait été retrouvée dans le mur d’une maison abandonnée depuis soixante ans, et dont quelques-unes étaient encore viables, contre toute attente.

 

David Proulx mantha un agriculteur de Howick cultive plus de 1000 variétés de semences de spécialité à sa ferme Semences Héritage PHOTO Ian Ward

 

Un des gros défis de la production de semences est aussi ce qui la démarque le plus de la production de légumes. Il s’agit d’un travail colossal de respecter une distance séparatrice d’un minimum de 200m entre certaines variétés d’une même famille, afin d’éviter la pollinisation croisée et préserver la pureté des variétés. « Un piment, ça prend un polinisateur absolument. C’est sûr que s’il y a un autre type de piment à côté, ça se peut qu’il y ait des croisements, alors soit que tu mets des filets (pour exclure les insectes polinisateurs), soit que tu les pollinise à la main, ou les deux… alors nous, on les pollinise à la main, c’est la seule manière d’avoir une certitude à 100% ».

Et malgré l’effort de polliniser chaque petite fleur à la main, M. Proulx-mantha augmente la production, et entame les démarches pour la certification Canada Gap qui permettra à la ferme d’accéder au marché du gros et vendre chez Maxi, Sobeys ou ils ont des contacts.

D’ici là, on peut se procurer des semences de spécialité ainsi qu’une gamme de produits dérivés sur le site de la ferme, semenceheritage.com.

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