The Gleaner
Agriculture

Une ferme semencière germe à Saint-Chrysostome

Hélène Saby ne vendra pas ses oignons, ni ses betteraves, ni la plupart des légumes qu’elle cultive sur une riche terre argileuse à Saint-Chrysostome.

Ce n’est pas qu’ils ne sont pas beaux, loin de là, ils sont impeccables, et pour raison. Seuls les meilleurs seront plantés très tôt au printemps, en plein sol dans une serre non chauffée, afin de produire de la semence au grand bonheur des amateurs de semence Québécoise. L’agricultrice, qui détient quelques années d’expérience dans le domaine auprès de fermes spécialisées malgré sa jeune trentaine, nous explique que la quasi-totalité des semences que l’on retrouve sur les tablettes sont importées de Chine ou des États- Unis.

« C’est aussi pour faire évoluer la génétique, pour que les plantes répondent plus à nos besoins, à notre climat, aux maladies qui peuvent se présenter…», dit-elle, en faisant valoir la logique que les semences produites dans d’autres climats sont moins adaptées aux conditions d’ici, un peu comme un enfant qui déménage au Québec après avoir grandi en Floride.

 

Hélène Saby dévoile sa production de semences de verdures rustiques dans sa serre pépinière non chauffée Les plantes ont besoin de nuits froides mais pas trop froides pour produire de la semence au printemps La ferme vient de compléter sa première saison à Saint ChrysostomePHOTO Ian Ward

 

Mme Saby, qui vient de compléter sa première saison de production à la Ferme Duncan, fait partie d’un réseau de petites fermes semencières éparpillées à travers le sud de la province. Elle produit en gros pour des entreprises semencières québécoises, dont les Jardins de l’écoumène, la Ferme Coopérative Tournesol, ou les Semences du Grand Portage, des entreprises qui sont de tout petits joueurs sur le marché, mais qui ont tout de même pris de l’expansion de façon fulgurante depuis quelques années, en raison de la forte demande pour de la semence locale.

Son projet constitue un changement d’affectation pour la terre située sur le rang Saint-Jean-Baptiste à Saint-Chrysostome, ou se situait jadis la ferme maraichère biologique Les Jardins d’Ambroisie. La vente de la terre en 2021 avait créé une onde de choc dans la région ou de nombreux clients locaux, entre autres, s’étaient retrouvés sans panier de légumes de leur fermier de famille.

Propriétaires de plusieurs restaurants montréalais, Éric Bélanger et sa femme Anne Belhumeur ont acheté la terre, et ont par la suite voulu encourager Mme Saby pour que la terre soit valorisée au lieu de tomber en friche.  

« Ils me soutiennent beaucoup du côté administratif, à la comptabilité entre autres », en plus de lui verser un salaire qui lui permet de partir le projet sans les risques habituels liés au démarrage d’entreprise. 

 

La plante quelle affectionne le plus Cest loignon parce que cest le fun à produire On en prend soin dès sa naissance de la graine à la mort On sy attache Il y a tellement de satisfaction daller jusquà la fin du processus PHOTO Ian Ward

 

Plusieurs étapes de la production ressemblent au jardinage, avec certaines spécificités. « Le grand défi c’est de s’assurer que la plante arrive à maturité en santé », dit-elle, en précisant qu’il faut notamment agir beaucoup en prévention pour éviter les maladies et les dommages liés aux ravageurs en régie bio. Parmi les stratégies mises en œuvre à la ferme, la ventilation est primordiale : « L’espace entre les plantes est souvent de trois à quatre fois plus que la normale, soit un radis aux neuf pouces par exemple », s’exclame Mme Saby, qui souligne par exemple qu’un radis rouge est normalement prêt à manger en 4 semaines, mais prend environ 4 mois pour mûrir de la semence. Cela se traduit par au moins 16 semaines de désherbage, de protection des ravageurs et de tuteurage pour éviter que les grandes plantes tombent à terre. 

Mais le travail en vaut la peine pour celle qui fait valoir l’importance de l’autonomie semencière, faisant du pouce sur la fragilité du système alimentaire, mis à l’épreuve pendant la pandémie, et qui subit actuellement une forte pression liée à inflation. « C’est important d’avoir accès aux ressources en cas de pépin, ou si la frontière fermait ».

La plante qu’elle affectionne le plus ? « C’est l’oignon, parce que c’est le fun à produire. On en prend soin dès sa naissance de la graine, à la mort. On s’y attache! Il y a tellement de satisfaction d’aller jusqu’à la fin du processus »!

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