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Une personne trans de Valleyfield réagit au film François.e

Depuis le 1er juillet, le film François.e est à l’affiche partout au Québec, notamment au Cinéma 7 de Salaberry-de-Valleyfield. Afin de recueillir le point de vue d’une personne directement concernée par les enjeux abordés dans l’œuvre, l’auteure de ces lignes a assisté à une projection en compagnie de Danicka, une femme trans résidant à Salaberry-de-Valleyfield.

La comédie s’intéresse à la réalité des personnes trans à travers l’histoire de François Lebel, un auteur de télévision de 50 ans sur le déclin qui cherche désespérément à faire financer son prochain projet. Convaincu qu’un scénario portant sur la diversité attirera davantage les investisseurs, il décide de cocher la case « transgenre » sur son formulaire et d’écrire l’histoire d’une personne trans. Pour donner de la crédibilité à sa démarche, ce père de famille hétérosexuel entreprend alors de devenir Françoise. Le film suit sa transformation physique ainsi que son évolution personnelle tout au long du récit. Au fil de l’histoire, François fait la rencontre de Sarah, qui devient rapidement son amie de cœur. Femme transgenre, Sarah accompagne François dans sa découverte de la réalité trans et l’aide à écrire son scénario mettant en scène un personnage trans.

Le rôle principal est interprété par Louis Morissette, qui agit également comme coproducteur du film aux côtés de Louis-Philippe Drolet. Le long métrage est produit par KO24, la société de production fondée par Louis Morissette. Le personnage de Sarah est incarné par Pascale Drevillon, dont la pratique artistique s’inscrit dans une perspective queer et féministe assumée. Il convient également de souligner la performance de Robin Aubert dans le rôle du meilleur ami de François. Son personnage accompagne ce dernier dans sa métamorphose physique et lui apporte un soutien moral lors des moments plus difficiles, notamment autour de leur passion commune pour le hockey. Enfin, la productrice de longue date de François est interprétée par Geneviève Schmidt.

Présente lors de la projection du jour de la sortie, Danicka estime que le film réussit à refléter une partie importante de la réalité vécue par plusieurs personnes trans, même si elle n’a pas personnellement traversé certaines épreuves présentées à l’écran, notamment la violence physique ou se faire dire qu’elle était une erreur de la nature. « Ce sont des choses pas faciles à vivre, explique-t-elle. Il est triste que certaines personnes doivent rentrer dans notre réalité, comme le personnage de François, afin de pouvoir se mettre à notre place. C’est difficile de s’accepter; c’est dur de s’avouer que l’on n’est pas dans le bon corps et passer par-dessus toutes les peurs que l’on peut avoir face au fait d’être trans, dit-t-elle avec émotion ».

Aujourd’hui pleinement assumée dans son identité, Danicka affirme ne nourrir aucun regret quant à sa transition. « Quand je vivais comme un homme, je n’ai jamais été heureuse. Je ne me sentais pas bien, j’étais coincée, je ne souriais pas. Aujourd’hui, j’ai une joie de vivre, des ambitions et l’envie d’aller de l’avant. Je ne regrette absolument rien. Ce qui m’a le plus aidée, c’est le soutien de mes proches. Je n’ai pas été rejetée, reniée ou mise à la rue », raconte-t-elle.

La relation avec son père a toutefois représenté un défi au début de sa transition. « Pour lui, c’était comme perdre son garçon et c’était difficile à accepter. Avec le temps, il a vu que ce changement me rendait plus heureuse et plus libre. Je ne suis pas devenue quelqu’un d’autre parce que j’ai changé de genre. C’est ce qui l’a aidé à accepter la situation et ce qui m’a aidée à traverser cette période, explique-t-elle ».

 

Woman standing with arms folded in front of three large movie posters in a cinema lobby.
Danicka une femme trans résidant à Salaberry de Valleyfield PHOTO Dominique Seguin

 

Danicka souhaite aujourd’hui pouvoir soutenir les jeunes qui vivent un questionnement identitaire ou qui entreprennent une transition. « Dès l’âge de neuf ans, je souhaitais être une fille. Je l’ai nié pendant longtemps et je l’ai vécu de façon rocambolesque. C’est en écoutant la chanson Fille de personne 2 d’Hubert Lenoir que j’ai eu un déclic. C’est à ce moment-là que je me suis choisie. Je me suis dit que je n’avais qu’une seule vie à vivre et que je ne voulais pas avoir le regret de ne pas avoir eu le courage de m’affirmer comme je suis », raconte-t-elle.

Elle recommande le film aux personnes qui souhaitent mieux comprendre la réalité des personnes trans. « C’est un bon film. Je lui donne la note de 8 sur 10. Le scénario est bien écrit et les acteurs jouent très bien leurs rôles ». Elle s’est particulièrement reconnue dans le personnage de l’amie trans de Françoise, Sarah. « Certaines réactions de la mère dans le film me rappelaient celles que mon père pouvait avoir au début », souligne-t-elle.

Interrogée à savoir si le film permet véritablement de mieux comprendre la réalité des personnes trans, Danicka nuance sa réponse. « Oui, d’une certaine façon, mais aussi non, puisque même si la réalité trans y est bien représentée, il ne s’agit pas de la réalité de toutes les personnes trans », explique-t-elle.

Danicka estime néanmoins que le long métrage mérite d’être vu, particulièrement par le public hétérosexuel désireux de mieux comprendre cette réalité. « Je n’encourage pas nécessairement tout le monde à voir le film, car certaines personnes pourraient simplement en rire. En revanche, pour ceux et celles qui souhaitent s’instruire et mieux comprendre les enjeux vécus par les personnes trans, c’est un excellent film que je recommande d’emblée »,  affirme-t-elle.

François.e est toujours à l’affiche au Cinéma 7 de Salaberry-de-Valleyfield.

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