Une série de journées tempérées début mars avait fait craindre aux nouveaux producteurs de sirop d’érable Shawn McNamee et Jackie Lamb que leur première saison ne se termine avant même d’avoir commencé. Heureusement, les nuits froides sont revenues et le duo de Godmanchester s’est préparé pour un marathon.
Ce n’était pas leur première année de récolte de sève. Auparavant, Shawn McNamee travaillait de près avec Matthew Reid pendant la saison des sucres et, en échange, celui-ci faisait bouillir la sève de leurs érables. « Nous avions toujours eu l’intention de nous lancer seuls un jour. Et cela s’est produit au bon moment : nous avons acheté cet évaporateur aux enchères et Matthew s’est agrandi la même année », explique-t-il.
Une fois équipés d’un évaporateur, ils avaient besoin d’un bâtiment. Ils se sont donc mis au boulot à transformer l’ancien grenier à grains de leur ferme Butternut Farms, à Godmanchester, en cabane à sucre. Celui-ci servait auparavant de garage et d’entrepôt. Ils l’ont vidé et ont ajouté un nouveau sol en béton à l’automne. Jeff McKellar, soudeur et métallurgiste de la région, a ensuite renforcé la structure centenaire afin que les cuves puissent être entreposées au-dessus du rez-de-chaussée.
« On voulait conserver l’aspect d’origine, et construire un nouveau bâtiment aurait coûté plus cher que de rénover l’ancien », explique Mme Lamb.
M. McNamee avoue avoir réfléchi pendant des mois à la logistique du déménagement et de l’installation de l’évaporateur. « Il a fallu quatre heures pour installer cette bête et mettre tous les réservoirs en place », dit-il en riant, précisant que l’évaporateur est équipé de roulettes et qu’il a pu être pivoté pour le mettre en place. Fort de dix ans d’expérience chez les Reid, M. McNamee était plus confiant lorsque le moment est venu d’allumer la chaudière le 16 mars.
Puis sont venues les irrégularités, les températures extrêmes frôlant les 20°C de jour et des nuits glaciales. Les cuves étaient sèches un jour et débordaient le lendemain. « C’est une variation très importante », explique M. McNamee, qui estime que la saison s’est bien déroulée malgré les aléas.
« La machine est un peu trop grande pour notre situation », admet-il, précisant qu’ils n’ont pas pu faire bouillir tous les jours car l’évaporateur est plus grand que la quantité de sève qu’ils peuvent extraire de leurs 1 900 entailles. Ils ont la possibilité d’augmenter le nombre d’entailles dans une certaine mesure, ce que M. McNamee pense faire dans les années à venir.

« On est heureux de pouvoir continuer à exploiter les arbres », dit Mme Lamb, soulignant que la forêt derrière la ferme avait été défrichée auparavant et qu’il y a beaucoup de repousse. « Quand on s’y promène, on peut voir des sections qui ont été exploitées différemment », explique-t-elle, ajoutant qu’il reste encore de beaux et grands arbres qui ont été laissés sur pied pour des raisons évidentes.
Le couple, qui est copropriétaire de Lamont Farms, élève également des moutons, ce qui multiplie la charge de travail au mois de mars ! Lors de la première récolte de sève, ils étaient également dans la grange avec un groupe de 100 brebis qui mettaient bas. « On se voyait deux heures le matin et deux heures le soir », raconte Mme Lamb. Elle remercie leurs deux enfants, Isla et Charlie, pour leur patience et leur soutien. « Ils nous aidaient dans le boisé pendant les journées de récolte », dit-elle, précisant qu’ils rentraient parfois pour trouver le souper sur la table.
En fait, toute une communauté s’est mobilisée pour aider à assurer le bon déroulement de cette première saison. En guise de remerciement, le couple a organisé une journée portes ouvertes le 5 avril, pour prendre un verre avec tous ceux qui ont contribué à une première saison mémorable et fructueuse.

