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Coupures massives aux heures d’ouverture des postes frontaliers.

Les voyageurs qui empruntent fréquemment les postes frontaliers de Trout River ou de Herdman pour entrer aux États-Unis risquent d’avoir une mauvaise surprise.

L’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a annoncé lundi qu’elle allait modifier les heures de service dans 35 points d’entrée terrestres du pays à compter du 6 janvier 2025. Cette mesure est prise en collaboration avec le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (CBP), qui modifie ses heures de service dans 38 points d’entrée.

Dans le Haut-Saint-Laurent, les heures de service au poste de Trout River, qui relie la municipalité d’Elgin à celle de Constable, dans l’État de New York, seront réduites de moitié, et ce, de façon permanente, passant de 24 heures de services à seulement 12 heures par jour, soit de 6 h et 18 h. Le poste de Herdman, qui relie la municipalité de Hinchinbrooke à celle de Chateauguay, dans l’État de New York, sera également limité à une plage horaire de 6 h à 18 h.

Sur la route 223, le poste frontalier de Lacolle, situé près de Rouses Point dans l’État de New York, verra également ses heures d’ouverture réduites, passant de 24 heures à seulement 12 heures par jour, soit de 8 h à 20 h.

Dans un communiqué, l’ASFC a déclaré que ces changements renforceront la sécurité globale des deux pays : « Ils permettront à l’ASFC d’utiliser ses ressources de manière plus efficace en déployant des agents aux points d’entrée les plus fréquentés. Cela renforcera la capacité de l’ASFC à traiter les voyageurs et les marchandises, ainsi qu’à gérer les activités d’application de la loi ».

Les heures d’ouverture des trois points d’entrée américains correspondront désormais aux heures d’ouverture canadiennes. L’ASFC a déclaré que cette mesure « permettra aux deux pays de renvoyer les voyageurs et les marchandises inadmissibles dans l’autre pays, ce qui est plus difficile lorsqu’un côté de la frontière est fermé alors que l’autre reste ouvert ».

L’ASFC affirme que ce changement découle d’une « analyse des pressions opérationnelles, des périodes de pointe et des services requis aux points d’entrée et ont pour but de minimiser l’impact sur les communautés frontalières ».

Selon l’ASFC, le nombre de véhicules ou de camions commerciaux traités aux points d’entrée est en moyenne de deux ou moins par heure pendant la période où ces points d’entrée ne seront plus opérationnels. L’ASFC souligne que dans un rayon de 100 kilomètres, il existe d’autres possibilités pour franchir la frontière, notamment aux postes frontaliers reliant Dundee à Fort Covington et Hemmingford à Mooers.

« Une décision malavisée »

Le Syndicat des Douanes et de l’Immigration (SDI), qui représente les agents et le personnel de l’ASFC, exige que l’agence revienne sur sa décision. Le président du syndicat, Mark Weber, a déclaré qu’il s’agit d’une « décision incroyablement malavisée ». Dans un communiqué, le SDI a indiqué que la décision avait été prise sans consulter les agents de première ligne travaillant dans les postes frontaliers touchés ou les communautés frontalières établies près de ces postes.

Un employé de l’ASFC, qui a parlé au Gleaner sous couvert d’anonymat, a confirmé que les employés des postes frontaliers concernés n’avaient pas été prévenus à l’avance de la réduction des heures de travail. Les agents ont été informés qu’ils ne perdraient pas leur emploi, mais que certains d’entre eux seraient transférés vers des postes plus importants. « Nos vies personnelles et familiales seront sacrifiées à cause de cela », a ajouté l’employé, soulignant les longs déplacements qui pourraient être imposés aux agents de l’ASFC.

« La plupart des habitants de la région pensent qu’il s’agit d’une mesure temporaire, mais ce n’est pas le cas; c’est permanent », a souligné l’employé anonyme, précisant que même s’il est vrai que les postes de douane fermeront à 18 h, les voyageurs ne doivent pas s’attendre à pouvoir traverser jusqu’à la dernière minute. « La fermeture se fera plutôt vers 17 h 30 ou 17 h 45 ».

L’agent s’inquiète du fait que la sécurité le long de la frontière sera également affectée : « En réalité, nous empêchons les gens, les criminels, les drogues et les armes d’entrer », a-t-il déclaré tout en se questionnant à savoir comment le fait de rendre près de 80 kilomètres de frontière moins sécurisés pendant la nuit améliore la sécurité.

Les répercussions sur les familles et sur l’économie

La directrice générale d’Elgin, Guylaine Carrière, a indiqué que l’ASFC l’avait contactée au sujet de la réduction des heures d’ouverture. Elle mentionne que les membres du conseil ont exprimé leur déception à l’égard de cette décision lorsqu’elle leur a fait part de la nouvelle, précisant que la question sera discutée lors de la séance ordinaire du mois de décembre.

« Je trouve que c’est très, très tôt, s’est exprimée Mme Carrière à propos de la fermeture du poste à 18 h. Cela affectera beaucoup de familles ici à Elgin », a-t-elle ajouté, tout en affirmant qu’il y aura aussi sans aucun doute des conséquences sur l’économie locale. Elle a également été surprise par la rapidité avec laquelle les changements entreront en vigueur, estimant que le délai ne laisse pas beaucoup de temps aux personnes et aux entreprises pour s’adapter.

Mme Carrière a affirmé avoir discuté avec l’ASFC des accords d’entraide en matière d’incendie et de sauvetage qui existent de part et d’autre de la frontière, et s’être fait dire qu’une procédure serait mise en place pour permettre aux premiers répondants de traverser la frontière en cas d’urgence, et ce, peu importe à quelle heure. Elle rappelle que, bien qu’il s’agisse d’une bonne nouvelle, il y a eu des délais d’intervention lorsque la frontière était fermée pendant la pandémie.

 

Le poste frontalier de Trout River à Elgin est lun des trois postes de douanes qui verront leurs heures douverture réduites de moitié à la suite dune entente collaborative entre lAgence des services frontaliers du Canada et le Service des douanes et de la protection des frontières des États Unis Les horaires réduits des points dentrée situés à Trout River à Herdman et à Lacolle sur la route 223 menant à Rouses Point entreront en vigueur le 6 janvier 2025 PHOTO Sarah Rennie

 

La réduction des horaires est problématique pour les personnes qui vivent d’un côté de la frontière, mais qui travaillent de l’autre, ou qui traversent régulièrement la frontière pour aller travailler. Pour les résidents de Godmanchester Rick et Kenny Van Winden, propriétaires de terres et d’exploitations agricoles à Chateauguay et à Burke, dans l’État de New York, les nouvelles heures d’ouverture constitueront un défi de taille.

« Ils travaillent là-bas, dans les champs, depuis deux semaines et ne rentrent pas à la maison avant 23 h ou minuit, a témoigné Natalie Wattie, l’épouse de Rick. Cela va causer des problèmes, car bien que certains printemps et automnes se déroulent bien, ce n’est pas toujours le cas. Si on sème et qu’on rate cette fenêtre parce qu’on ne peut pas traverser la frontière, on ne pourra pas récolter à temps », explique-t-elle.

« Il ne leur arrive jamais d’avoir terminé à 17 h 30 », a ajouté Mme Wattie, tout en soulignant que faire le détour par Hemmingford ou Dundee avec un tracteur serait « insensé ».

Des politiciens expriment leurs inquiétudes

Le 21 novembre, le sénateur de l’État de New York, Dan Stec, a publié une déclaration dénonçant cette décision : « On ne peut pas avoir une frontière à temps partiel ! », s’est-il exclamé. Il a également mis en lumière les perturbations que cette décision va entraîner au sein des relations uniques qui existent entre les communautés, faisant spécifiquement référence aux ententes d’entraide en place. Le sénateur a également mis en évidence « l’agitation » engendrée dans la région par l’immigration irrégulière, suggérant par la même occasion que ces nouvelles mesures auront une incidence sur la sécurité des personnes vivant le long de la frontière.

La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul, a exprimé publiquement son opposition à la réduction des heures d’ouverture des postes frontaliers et demandé au CBP de revenir sur sa décision.

Du côté canadien, la députée de Salaberry-Suroît, Claude DeBellefeuille, s’est également prononcée contre la décision de l’ASFC : « Je ne peux pas appuyer une réduction des services qui aura des répercussions non seulement sur les citoyens, mais aussi sur les entreprises de notre région, a-t-elle déclaré, tout en déplorant les longs détours que cela entraînera. Je reçois déjà des appels d’entreprises qui expriment leur mécontentement », a-t-elle ajouté.

« Nous savons qu’il y a des problèmes majeurs à la frontière, a affirmé Mme DeBellefeuille. Il me semble que le moment est mal choisi pour que l’Agence des services frontaliers réduise ses services ».

La députée demande maintenant aux citoyens et aux entreprises touchés par cette annonce de communiquer avec son équipe afin de documenter les répercussions de la décision de l’ASFC dans la région.

Les personnes intéressées à faire part de leur histoire peuvent communiquer avec le bureau de Mme DeBellefeuille par courriel à l’adresse suivante : claude.debellefeuille@parl.gc.ca.

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