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Des démarches ralenties par le gouvernement

Une meilleure protection est nécessaire pour éviter une autre contamination du Rocher

En 2017, les membres de la municipalité de Franklin ont réalisé, en grande partie parce qu’ils voyaient chaque jour un nombre important de camions-bennes lourdement chargés sur la route 201, que certains propriétaires locaux autorisaient le déversement de déchets et de débris de construction sur leurs terres. Ces déchets étaient acheminés par camion depuis Montréal et d’autres grandes villes.

Inquiète que ces déchets contenaient possiblement des matières toxiques, l’administration précédente de Franklin a fait tout ce qui était en son pouvoir pour arrêter le déversement. Les pouvoirs de la ville en la matière tendent surtout à se limiter à alerter des organismes plus puissants, notamment le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. De plus, en 2019, juste avant le début de la pandémie, « Franklin a réussi à mettre en place un règlement contre les déchargements de déchets, afin d’établir les paramètres de ce qui était autorisé ou non, la provenance, la profondeur, etc. », explique l’ancien maire de Franklin, Douglas Brooks. Mais juste après cela, un bulldozer et un tracteur se trouvant sur la propriété en question ont été détruits par un incendie criminel. M. Brooks ignore si le règlement municipal en est la cause, mais le déversement a cessé immédiatement et n’a repris qu’au début du printemps.

En 2018, le ministère de l’Environnement a exigé des propriétaires des terrains qu’ils paient une lourde amende (plus de 83 000 dollars) ou qu’ils fassent effectuer des tests indépendants sur les matériaux largués. Ni la municipalité, ni Le Gleaner n’ont pu confirmer si cette amende a vraiment été payée.

En 2020, le conseil municipal de Franklin faisait toujours pression pour obtenir une ordonnance du ministère (basée sur l’article 114 de la Loi sur la qualité de l’environnement). Selon M. Brooks, « ce document est censé être la demande ultime pour faire cesser [le déversement] et effectuer des tests. Les propriétaires sont censés être obligés de démontrer que le terrain est ou n’est pas contaminé ». S’il est contaminé, les propriétaires « doivent alors payer une amende et le décontaminer ».

Des odeurs de gaz et de pétrole

Le 1er juin 2021, le ministère a finalement émis l’ordonnance attendue par la ville. Il rappelle que le 9 mars de l’année dernière, en raison de nombreuses plaintes, il avait été ordonné aux propriétaires et aux pollueurs de cesser de recevoir des « déchets de construction et de la terre contaminée » sur huit terrains situés sur la zone surélevée connue sous le nom de « Rocher » sur le territoire de Franklin. Le document exigeait également un « nettoyage correctif » des zones affectées à la « satisfaction » du ministère.

Le document poursuit en indiquant que « des déchets comprenant des morceaux de bois, de mur, de plastique, des morceaux de gypse et de béton, de la mousse isolante, de la céramique, du métal, du verre, de l’asphalte brisé et des particules fines » ont été trouvés sur de grandes surfaces dès 2017, ces volumes atteignant 5 136 mètres carrés.

De juillet 2019 à 2020, les plaintes se sont multipliées, car il semblait qu’aucun changement n’avait été apporté. À ce stade, les inspecteurs du ministère ont signalé que les matériaux étaient tellement contaminés qu’ils « sentaient le gaz et le pétrole ». Ils ont également noté que d’autres sites de décharge avaient été dissimulés sous un sol régulier pour cacher leur véritable contenu.

 

Le 10 juin, des témoins inquiets ont photographié une file de camions-bennes de construction sur le Rang Dumas, à Ormstown. Les habitants du secteur concerné affirment que les camions sont devenus un phénomène courant et constant sur le chemin. PHOTO  Le Gleaner

 

Enfin, en août 2019, des échantillons officiels ont été prélevés. Outre le plomb et le manganèse, les tests ont révélé des niveaux supérieurs aux limites légales d’hydrocarbures aromatiques polycycliques, de « cuivre, d’étain et d’arsenic », ainsi que, dans certaines zones, de pétro carbones et, dans des enquêtes ultérieures, de mercure. Cela a permis au ministère d’affirmer enfin que des matériaux contaminés avérés étaient déversés. Une nouvelle cessation des activités a été exigée, et on a demandé que « les sols contaminés soient enlevés et éliminés dans un site désigné approprié ». Cependant, un survol par drone quelques mois plus tard, en 2020, a permis au ministère de constater que « les dépressions existantes en novembre 2019 » étaient désormais remplies de nouveaux matériaux, à raison de 5 120 mètres carrés supplémentaires. De plus, en octobre 2020, d’autres photos prises par drone, accompagnées d’une interprétation avancée, ont permis de découvrir d’autres sites, portant à près de 45 000 mètres carrés le total estimé des déchets toxiques déversés sur le site.

Le ministère s’est penché sur la question afin de déterminer si la qualité de l’eau souterraine était affectée, et un ordre a été émis en juin 2021, exigeant l’arrêt du déversement, le paiement de l’échantillonnage et surtout l’installation de trois puits de recherche visant à évaluer l’aquifère, sans oublier le paiement de l’analyse de cette eau dans un délai de 60 jours.

Les camions continuent de circuler

Récemment, on a de nouveau vu de nombreux camions-bennes accéder quotidiennement à la zone et de nouveaux équipements lourds se trouvaient sur le site. La ville, désormais sous une nouvelle administration, dirigée par le maire Yves Métras, a engagé des avocats pour obtenir une injonction contre le propriétaire de cette propriété située sur la route 201. Les déversements sur ce site ont cessé pendant un certain temps, mais depuis le 10 juin, les camions entrent à une autre adresse à proximité, située sur le rang Dumas, à Ormstown.

Le 6 juin, lors de la réunion mensuelle du conseil de Franklin, le directeur général Simon St-Michel a déclaré : « Maintenant, si le moindre effort est fait pour déverser des déchets, la police sera appelée et le propriétaire et/ou les chauffeurs de camions seront arrêtés ». Cependant, les injonctions sont temporaires. Le maire Métras était visiblement « contrarié et affligé » par le temps qu’il a fallu au ministère pour agir dans le cadre de son mandat de protection des sols et de l’eau. Il est désespérément impatient d’obtenir des résultats et dit qu’ils cherchent maintenant « des échantillons forés dans les piles, parce que [les déverseurs] cachent parfois ce qu’ils ont apporté sous une couche de terre normale ».

Les puits desservant Ormstown

William (Blad) Hansen, un naturaliste et diplômé en sciences et en géologie vivant sur la Covey Hill, affirme que le Rocher a été « intensivement cartographié et qu’il existe plus d’une douzaine d’études scientifiques majeures qui sont menées entre autres par le ministère et l’Institut national de recherche sur les eaux pour examiner les puits d’eau, la recharge des aquifères et les zones susceptibles d’être polluées. Ils ont spécifiquement accordé au Rocher le statut de zone privilégiée pour la recharge de l’aquifère de la Vallée de la Châteauguay, qui est déjà réputée comme étant l’une des plus importantes masses d’eau souterraine disponibles. Il souligne que « le problème le plus urgent concerne les puits desservant la ville d’Ormstown à l’extrémité nord. Cette zone d’approvisionnement en eau a été recouverte de toxines. Pourtant, le ministère, qui est au courant et qui a rédigé tous ces rapports, n’a pas, pour une raison ou une autre, agi rapidement pour la protéger ».

La mairesse d’Ormstown, Christine McAleer, s’est dite préoccupée par cette situation qui perdure si près de la zone de prise d’eau : « Par mesure de précaution, nous sommes en train d’engager une firme spécialisée et indépendante pour faire une analyse du sol, afin de nous assurer qu’il n’y a aucun risque de contamination de nos puits et des périmètres obligatoires, dit-elle. Si l’analyse démontre qu’il y a un risque de contamination ou de problèmes de santé publique, des mesures sévères seront prises à l’encontre de toutes les parties impliquées ».

M. Brooks, qui a lancé les démarches avec lesquelles le maire Métras continue de se débattre, déclare : « Je ne sais pas pourquoi le ministère n’agit pas assez vite pour faire la différence », et se demande si les déverseurs et les propriétaires des terrains « savent que tous les quatre ans, les choses changent dans les municipalités, et au ministère aussi, et ils se contentent donc d’attendre que les demandes passent ».

Selon M. Hansen, cela ne s’arrête pas là : « Les gouvernements québécois successifs ont épuisé les ressources, réduit le personnel et ignoré l’ampleur des nombreuses crises environnementales qui surviennent simultanément, et lorsqu’il est question d’agir en temps opportun, le gouvernement actuel ne fait qu’accroître cette tendance ».

 

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