Chantal Hortop
Traduit par Rachel Arsenault
Lors de la séance régulière du Conseil de la MRC du Haut-Saint-Laurent qui a eu lieu le 13 mai dernier, une résolution a été adoptée afin d’autoriser le directeur général à poursuivre les négociations concernant la vente du quai de Port Lewis au prix de 1 $. La MRC a entamé ces démarches après que le nouveau propriétaire de la Marina Port-Lewis, adjacente au quai, a exprimé son intérêt pour l’achat de ce dernier. Une partie de la population locale est préoccupée de cette initiative, non seulement en raison de questions sur les effets potentiels d’une utilisation accrue pour le milieu environnant, mais aussi en raison du manque de consultation publique préalable à la décision de vendre.
On estime que le quai a été construit vers le milieu du XIXe siècle et qu’il constituait un point d’accès important entre le chemin des Planches et le lac Saint-François. En 1898, le quai a été vendu au gouvernement fédéral et est resté sous sa juridiction jusqu’en 1989, date à laquelle il a été remis à la MRC du Haut-Saint-Laurent. À ce moment-là, la MRC, en collaboration avec les ministères Pêches et Océans et Travaux publics Canada, a entrepris la restauration du quai, ce qui représentait un investissement important de fonds publics. Jusqu’à ce jour, le quai a servi à la population locale de « lieu de rencontre et [de] destination pour voir l’eau », affirme Debbie Henderson, qui vit près du quai et qui fait partie du groupe ayant exprimé son inquiétude au sujet de la transaction.
Mme Henderson dit avoir entendu parler de la vente lors d’une conversation informelle avec un conseiller municipal. Elle dit que sa principale préoccupation est qu’« une chose qui était publique ne devrait pas être “donnée” au profit d’une entreprise privée », ajoutant : « mes voisins sont furieux que notre maire n’ait consulté personne ni tenu une quelconque consultation publique. La valeur de nos propriétés et notre qualité de vie en seront certainement affectées ». Henderson évoque d’autres appréhensions en cas de vente : « pollution dans ma baie peu profonde, pollution sonore et drain sur l’aquifère qui alimente toute notre eau, car nous avons tous des puits ». Comme la Marina Port-Lewis a reçu une livraison de sept camions à plate-forme de quais flottants quelques jours avant que Henderson n’apprenne la procédure de vente, celle-ci considère qu’elle a des raisons de croire que le nombre de bateaux amarrés dans les environs pourrait augmenter considérablement. La résidente de Saint-Anicet a également déploré la « perte d’un espace public dont ont joui des générations », bien que la MRC ait depuis fourni au Gleaner la résolution susmentionnée, qui stipule que le transfert de la propriété est conditionnel à l’exigence « qu’il y ait maintien de l’accès public sur les lieux du quai et pour la descente au lac Saint-François, et ce à perpétuité ».

Le quai de Port Lewis a été rénové en 1989 par la MRC le ministère des Pêches et Océans et Travaux publics Canada comme lexplique cette plaque qui surplombe le lac Saint François PHOTO Chantal Hortop
En 1987, dit Henderson, les anciens propriétaires de la Marina Port-Lewis ont tenté d’augmenter leur capacité d’amarrage en ajoutant un nombre important de quais flottants, mais elle et ses voisins ont adressé une pétition au ministère de l’Environnement pour que cela cesse et que les quais soient enlevés.
Yvon Lachance, le nouveau copropriétaire de la Marina Port-Lewis, déclare que ses intentions en achetant le quai sont de « valoriser le bord de l’eau et de redonner cette espace aux citoyens ». Interrogé sur la possibilité de pollution de l’eau et de bruit que redoute la population locale, il a déclaré : « On ne pollue pas l’eau […] nous respectons l’environnement ». Il dit avoir rendu visite aux habitants des environs et s’efforce de parvenir à un accord mutuel en proposant, par exemple, d’établir un calendrier des heures auxquelles il peut ou non transporter des bateaux par la route le long du chemin des Planches (qui mène au quai) afin de réduire au maximum le bruit pour les habitants. Il a également réitéré que le quai resterait public, car il souhaite « faire profiter des citoyens du bord de l’eau ». En réponse aux inquiétudes qu’il a entendues sur le nombre de bateaux qu’il est autorisé à amarrer, il dit avoir les permis d’amarrage associés à la possession d’une marina et fait remarquer que la Marina Port Lewis existe depuis 1985. « J’opère mon entreprise dans respect», dit-il, ajoutant qu’il reste ouvert aux commentaires et aux préoccupations des habitants de la région.
Lorsqu’on a posé des questions à la MRC sur les raisons de la vente du quai, l’absence de consultation publique avant la prise de décision et sa réponse aux préoccupations des citoyens concernant la vente de biens publics, on a répondu, par l’intermédiaire de Laurent Lampron, directeur général et secrétaire-trésorier de l’organisation régionale, que la préfète de la MRC, Louise Lebrun, était absente du secteur jusqu’après l’heure de presse du Gleaner et qu’il ne pourrait pas répondre aux questions à temps. M. Lampron a ajouté : « Par conséquent, le document officiel de la MRC est la résolution adoptée à la mi-mai qui fait foi de la position officielle de la MRC ».

