The Gleaner
Agriculture

Documentaire choc sur la détresse psychologique des fermiers

Sarah Rennie
Traduit par Iris Delagrange

“C’est intense,” avoue Stéphane Gendron, ancien maire de Huntingdon devenu personalité médiatique et fermier à Dundee, en parlant de son documentaire saisissant qui fait la lumière sur l’ampleur d’un phénomène se jouant dans le domaine de l’agriculture au Québec. Le film, La détresse au bout du rang, est dirigé par Éric Blouin et sera lancé exclusivement sur CRAVE, le service de vidéo sur demande de Bell Media, le 27 mars prochain.

“C’est un sujet lourd,” continue t-il, ajoutant que l’idée de se pencher sur la souffrance mentale des fermiers lui est venue après avoir rencontré la veuve d’un fermier qui venait de se suicider. Il a donc commencé à faire des recherches sur la santé mentale des agriculteurs en Europe, aux États-Unis et au Canada. “Partout en agriculture, c’est très difficile.” Gendron a passé plusieurs mois à visiter le Québec rural ou il a été témoin d’une détresse psychologique sans précédent au sein de la communauté fermière. En tant que personalité connue dans les médias francophones Québécois, il admet recevoir beaucoup d’appels à l’aide de fermiers de toute la province. En faisant ses recherches, il a pu accéder à des rapports de coroners et a pu constater que le taux de suicide chez les fermiers était beaucoup plus élevé qu’ailleurs dans la population générale.
Le film nous confronte à la réalité de tous les jours de ces fermiers, révélant la tragédie silencieuse qui s’y déroule jour après jour.

 

Le film se concentre sur l’histoire de trois fermiers: Geneviève, une productrice de lait qui témoigne de l’intensité de la pression à laquelle elle fait face; Caroline, la co-propriétaire de la Fromagerie Ruban Bleue à Mercier, dont le partenaire et mari s’est suicidé; et Marco et sa famille le jour de l’encan de sa ferme laitière. Le film nous offre également un aperçu d’une séance de soutien avec la psychologue Pierrette Desrosiers, entourée de plusieurs fermiers qui se rencontrent afin de partager leur expérience. Toutes ces histoires sont tragiquement liées par les mèmes thèmes: l’attachement à la terre, la ruralité, l’isolement et la détresse et forment un documentaire poignant sur la résilience de la communauté fermière.
“Je ne prétends pas avoir la solution,” explique Gendron, tout en appuyant qu’il est impératif pour les gens de commencer à parler de ces problèmes. Il devait avoir une séance de projection avec des ministres du fédéral cette semaine avant que tout soit annulé à cause du coronavirus. Gendron espère qu’avec son film, il pourra aider à lancer le dialogue avec le gouvernement afin de soulager les fermiers, et peut-être même provoquer des actions concrètes. “J’espère que la discussion va se poursuivre – ce n’est qu’un début,” dit Gendron, dont le but est d’amener son film dans les écoles afin que le sujet soit abordé dès le plus jeune âge, surtout dans les zones rurales.
Une projection locale au Grove Hall était prévue le 28 mars pour le lancement du film mais l’évènement a été reporté à une date ultérieure encore inconnue.

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