Holly Dressel
Traduit par Iris Delagrange
Le conseil municipal de Havelock a publié une déclaration indiquant clairement sa position concernant l’installation possible d’une usine d’asphalte à la carrière Ducharme sur la Covey Hill. « Bien qu’elle ait l’obligation de faire respecter la loi, la position unanime du conseil municipal de Havelock est claire : il s’oppose à l’installation d’une usine d’asphalte sur le chemin Covey Hill à Havelock ».
Le conseil renchérit en déclarant que « le conseil espère que le ministère de l’Environnement du Québec et la Commission de la protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), qui sont les gardiens des pouvoirs décisionnels, exerceront leur autorité, feront preuve de jugement et procéderont à l’évaluation de ce projet en pensant au bien-être de tous les citoyens; et que tous les aspects de ce projet seront étudiés de façon rapide et efficace en ce qui concerne les préoccupations en matière de santé humaine, d’environnement, d’agriculture et de tourisme, ainsi que les besoins et les avantages quotidiens de la population locale et de ceux des collectivités voisines.

Les médias régionaux décrivent avec précision la grande détresse ressentie dans l’ensemble de la MRC lorsque les citoyens ont pris connaissance de l’implantation prévue de l’usine d’asphalte à peine une semaine avant l’annonce officielle. Frustrés de ne pas pouvoir exprimer leurs préoccupations lors d’une séance normale du conseil en raison des restrictions liées à la crise sanitaire, plus de 100 résidents de Havelock et d’autres municipalités voisines se sont réunis devant l’hôtel de ville le 5 juillet dernier afin de manifester leur mécontentement.
Le maire Denis Henderson est sorti et a lu un communiqué avant d’inviter la foule à poser ses questions. Il a déclaré que le village avait bien reçu une demande des Carrières Ducharme Inc. et du Groupe Chenail concernant l’implantation d’une usine d’asphalte. Il a déclaré que, comme la carrière est située dans une zone industrielle, la municipalité étudie présentement les règlements de zonage pour voir ce qui s’applique. Il a également confirmé qu’« aucune décision n’avait été prise à ce sujet » et a annoncé que la municipalité s’est tournéee vers un avocat afin que celui-ci évalue la situation.

Des photographies prises par des citoyens ont documenté l’arrivée de nouveaux équipements, dont un grand transformateur sur le site, en juin dernier. M. Henderson a déclaré qu’un inspecteur municipal avait déjà visité les lieux et avait informé les Carrières Ducharme Inc. que « l’activité liée à la production d’asphalte n’a pas encore été autorisée ». Le maire a ensuite déclaré que la municipalité comprenait les préoccupations de la communauté et qu’elle « s’engagerait dans le processus décisionnel en toute transparence ».
Le maire a été interrompu plusieurs fois au cours de cette allocution par des questions de citoyens impatients, notamment au sujet du déroulement chronologique du projet, demandant également pourquoi personne n’avait entendu parler de ce développement important plus tôt. Les dossiers du conseil montrent qu’une demande pour le projet a été envoyée pour la première fois en 2019 et une deuxième en 2020.
La nouvelle qui a le plus choquée la foule était l’explication de Jean-François Chabot à propos du fait que même si la compagnie Les Pavages Chenail est supposé avoir acheté ou tout du moins être impliquée dans le projet, l’entreprise semble avoir été achetée en 2018 par Eurovia, une filiale de la tristement célèbre VINCI, une entreprise Française. VINCI, qui œuvre entre autres dans le domaine de la construction de routes et de bâtiments, jouit d’une très mauvaise réputation en ce qui concerne la cause environnementale.
Parce que le site de la carrière Ducharme descend jusqu’aux États-Unis, des représentants frontaliers, municipaux et étatiques de l’état voisin de New-York ont été contactés afin de les informer qu’une industrie polluante pourrait être implantée sur une zone partagée. Leur réponse pourrait signifier que certains aspects du projet pourraient relever de la compétence fédérale ; dans ce cas-ci la députée de Salaberry-Suroît, Claude DeBellefeuille, a annoncé qu’elle s’impliquerait. Elle a donc écrit au maire de Havelock en disant que : « De nombreux citoyens m’ont contacté pour me faire part de leurs craintes au sujet du projet ».

De nombreuses personnes présentes au rassemblement ont exprimé leurs préoccupations relativement au bruit, aux odeurs et à l’augmentation de la circulation sur les chemins de campagne fragiles. Francine Bourdeau de Saint-Antoine-Abbé dit qu’elle est venue « parce que cette montagne, la Covey Hill, est le centre de cette communauté et est d’une grande importance pour nous tous, pas seulement pour Havelock ». Elle s’est ensuite adressée aux élus, sous des applaudissements nourris : « Nous vous demandons de faire de votre mieux pour éviter ce projet ».
Sharon de Gaspé Powers a déclaré que puisque le maire était au courant de ce projet depuis si longtemps, pourquoi n’avait-il pas informé ses citoyens ? « Qu’avez-vous fait pour la communauté en tant que leader? Parce que permettre à une industrie aussi lourde d’entrer dans notre région changera tout. » Certains participants au rassemblement ont souligné à quel point il est dangereux de permettre à une industrie aussi polluante au sommet de l’aquifère de la Covey Hill, source de l’approvisionnement en eau de nombreuses communautés et individus de la MRC du Haut-Saint-Laurent et de la MRC voisine des Jardins-de-Napierville.
Louise Dauphinais, de Hemmingford, a déclaré que « l’usine nauséabonde et bruyante sera sur le Circuit du Paysan, la route bucolique que les cyclistes et les touristes adorent parce qu’elle est si belle et paisible. Le tourisme, l’agriculture, les vergers et toute l’économie de notre région seront affectés négativement. » Denise Lavoie, qui possède un vignoble et une boutique près de la carrière, a déclaré : « Nous avons appelé notre emplacement le Domaine des Salamandres parce que nous avons ces créatures rares sur la Covey Hill. Comment pouvons-nous les protéger si nous laissons entrer de telles industries »?
Pascale Bourguignon, de Havelock, se demande si les risques d’incendie d’une telle industrie qui s’occupe de « matériaux toxiques et inflammables qui s’enflamment ou explosent régulièrement » pourraient être traités sur un site éloigné des casernes de pompiers et cela 24 heures sur 24. M. Henderson l’a rassurée en lui disant que toutes les casernes de la région ont été avisées et qu’elles sont au courant de la situation et pourraient être déployées au besoin.
Les citoyens ont alors demandé si le maire et les conseillers avaient eu le temps de discuter de la question avec les casernes de pompiers pourquoi n’avaient-ils pas informé leurs citoyens ? Les esprits commençant à s’échauffer après 20h, le maire est retourné à l’intérieur de l’hôtel de ville.
Toutefois, depuis la réunion, le Conseil Municipal à approuvé à l’unanimité l’annonce publique citée plus haut. C’est sa réponse à de nombreuses communications des citoyens, y compris la résidente Wendy Ayotte, qui a écrit : « S’il vous plaît, respirez profondément et tendez-nous la main afin qu’ensemble, nous puissions aller de l’avant en tant que communauté pour faire face à cela ».
Les personnes qui souhaitent en savoir plus peuvent visiter le blog coveyhill.weebly.com, ainsi que la page Facebook Défense protection Covey-Hill. Le Gleaner continuera à suivre cette histoire de près.

