Histoire racontée par Lorraine Montour.
Édition : Melissa Stacey, journaliste dans le cadre de l’Initiative de journalisme local.
Traduction : Karonhí:io Delaronde
Ne le dites pas à M. Brisebois
Je suis allée à l’école Kateri pour ma première, ma deuxième et ma troisième année de primaire. Puis, ma mère a épousé un Allemand et nous avons déménagé à Montréal. Elle m’a inscrite dans une école de Montréal-Ouest. C’était une bonne expérience parce que, par la suite, on pouvait aller à l’école secondaire de Montréal-Ouest. Il n’y avait pas d’école secondaire à Kahnawà:ke; après la neuvième année, il fallait aller ailleurs.
Nous avons habité à Montréal pendant plusieurs années. J’avais peut-être 14 ans quand ma mère a demandé le divorce et je suis revenue à Kahnawà:ke. J’ai continué l’école à Kateri.
J’ai fini par trouver un emploi en ville. C’était soit ça, soit aller dans un couvent à Montréal et je me suis dit : « Merde, je ne veux plus avoir affaire à des religieuses ».
Il en était hors de question, j’ai donc trouvé un emploi chez Dillard’s, un magasin de vêtements.
Un jour, après le travail, je suis passée devant le Collège Sir George Williams. Je suis entrée et j’ai demandé à quelqu’un si des cours étaient offerts.
« Oui, je suis en train de terminer mes études secondaires. Tu peux t’inscrire à tous les cours du soir dont tu as besoin pour terminer tes études secondaires », m’a répondu une femme.
La femme à la réception m’a demandé quels cours je voulais suivre.
Je lui ai répondu que je voulais simplement terminer mes études secondaires.
Elle m’a donné des cours de base; j’allais à l’école deux soirs par semaine et le samedi matin.
J’allais travailler et je suivais mes cours après.

Un jour, je suis rentrée à la maison : « L’agent des Indiens, M. Brisebois, il veut te voir », m’a dit ma grand-mère.
« Pourquoi? », lui ai-je demandé.
« Tó:ka », m’a-t-elle répondu, ce qui veut dire « je ne sais pas ».
Je suis allée le voir et il m’a dit : « Vous ne pouvez pas vous inscrire à des cours à Sir George. Nous ne paierons pas votre facture. Vous allez devoir la payer vous-même ».
Lorsque je me suis inscrite à mes cours, la femme du Collège Sir George Williams a sorti un registre : « Vous êtes l’une des premières personnes des Affaires indiennes à s’inscrire. Voici un bon. Allez chercher tous les livres dont vous avez besoin et rapportez-le-moi quand vous aurez terminé ».
C’est donc ce que j’ai fait. Elle a dû envoyer la facture à Ottawa, qui l’a remise à M. Brisebois. Ce n’était pas le protocole pour l’éducation. Il fallait aller là où l’agent des Indiens décidait de nous envoyer, et il m’aurait fallu aller au couvent.

Je suis retournée à l’école et chaque fois que j’étais en classe, je me disais que quelqu’un allait me dire que je ne pouvais pas être là.
Quand je suis rentrée à la maison, ma grand-mère m’a dit que je devais aller voir M. Laplante, l’adjoint de l’agent des Indiens.
Je suis allée voir M. Laplante : « Voici un chèque pour vous. Ne le dites pas à M. Brisebois. C’est pour payer vos billets d’autobus pour aller à l’école ».
J’ai poursuivi mes cours et j’ai éventuellement quitté pour aller à New York. J’ai suivi une formation pour travailler dans une banque de sang et je me suis dit que je finirais mes études à un autre moment.

