The Gleaner
Art de vivreLe partage d'histoires

Le partage d’histoires, le 3 avril 2024

Histoire racontée par Alma Ransom.
Édition : Emma McLaughlin, journaliste dans le cadre de l’Initiative de journalisme local.
Traduction : Karonhí:io Delaronde

Il ne faut pas abandonner

J’ai grandi sur l’Île Jaune, à Akwesasne; nous devions ramer et traverser en bateau pour rejoindre le continent. Comme il n’y avait pas d’école sur l’île, je ne suis pas allée à l’école avant d’être capable de ramer moi-même le long de l’île et de traverser à l’endroit où se trouvait l’école. C’était comme ça.

En hiver, nous devions marcher des kilomètres et traverser sur la glace. Je n’allais pas à l’école au printemps, lorsque la glace était dangereuse, ni à l’automne, lorsque la glace commençait à se former. J’allais à l’école seulement quand je pouvais utiliser le bateau ou marcher sur la glace.

 

Des enfants au pensionnat de lÎle Cornwall à Akwesasne posent pour une photo de groupe en 1953 première année dexistence de lécole Ce bâtiment sert aujourdhui de centre communautaire et de garderie PHOTO Gracieuseté du conseil de bande des Mohawks dAkwesasne

 

Néanmoins, je voulais aller à l’école à cause de la pression exercée par mon père. Il ne parlait pas du tout en anglais, et savait encore moins écrire en anglais. Il me disait : « Tu ne sortiras jamais d’ici, tu seras coincée comme moi. Tu ne pourras jamais partir si tu ne vas pas à l’école ». Avec un peu de recul, on se rend compte que les écoles étaient terribles. Le professeur parlait anglais et tout était silencieux; personne ne répondait parce que nous ne parlions pas la langue.

 

Alma a commencé à fréquenter lécole Snye puis elle a été transférée à lécole de St Régis que lon voit ici PHOTO Gracieuseté de Akwesasne Vintage Archives

 

Aujourd’hui, mes enfants ne parlent pas un mot de notre langue parce qu’il m’a fallu beaucoup de temps pour apprendre l’anglais; je ne voulais pas qu’ils vivent la même chose. Je ne voulais pas qu’ils hésitent quand les gens leur parlaient.

 

Carte datant de 1890 illustrant une région dAkwesasne qui sappelait autrefois la réserve Saint Régis PHOTO Gracieuseté de Akwesasne Vintage Archives

 

Ils ont bien réussi à l’école. C’était mon rêve. Puis les gens ont commencé à se rendre compte que plusieurs générations ne parlaient pas notre langue. Les enfants qui revenaient des pensionnats n’avaient aucune notion de notre langue; elle avait disparu. Ils ne connaissaient même pas leur nom. Ils n’étaient que des numéros dans ces écoles.

Ce sont leurs enfants et leurs petits-enfants qui se sont insurgés : « Qui va nous enseigner ? », ont-ils demandé. Ils sont devenus intransigeants et n’ont pas abandonné. C’est ça l’important.

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