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Les espaces sûrs sont plus importants que jamais

Au cours des dernières années, les conversations sur les droits des transgenres, l’interdiction de la drag, les restrictions d’âge sur les bloqueurs d’hormones, l’accès aux salles de bain et bien d’autres sujets ont occupé une place prépondérante dans les médias grand public. Bien que l’on associe souvent ces enjeux aux États-Unis, le Canada est également très impliqué dans ces conversations : Maxime Bernier, du Parti populaire du Canada, tente actuellement de mettre en place un programme anti-trans, le Nouveau-Brunswick a adopté la politique 713, qui exige que les étudiants aient le consentement de leurs parents pour pouvoir utiliser le nom et les pronoms auxquels ils s’identifient, et des manifestations anti-trans ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du Canada cette année.

Clay Nussey, originaire de la région, est une drag-queen populaire sur la scène montréalaise connue sous le nom de scène de Kitana Sweet. Bien qu’il se produise sur scène depuis plusieurs années, les conversations de la dernière année ont changé sa façon d’interagir avec les spectateurs : « Les gens qui vont chez Mado depuis plusieurs années posent maintenant souvent des questions à ce sujet. On peut donc dire que cela a un impact indéniable sur les gens, plus que nous ne le pensons. Même sur les gens qui sont de notre côté », explique-t-il.

Il y a beaucoup d’idées préconçues au sujet de la drag, la plupart d’entre elles étant que la drag est toujours sexuellement explicite et inappropriée pour les enfants. M. Nussey rappelle toutefois que, comme la musique, le cinéma ou la télévision, « c’est une forme d’art », et que les performances varient en fonction du contexte : « Si vous regardez un film, vous pouvez choisir un film de Disney, ce qui est très bien pour un enfant, mais vous pouvez également choisir un film d’horreur, qui n’est pas approprié pour un enfant. C’est exactement la même chose pour la drag », explique-t-il. Les spectacles de drag-queens dans une bibliothèque avec des enfants seront très différents de ceux qui se déroulent dans un bar.

Bien qu’il ait eu la chance de ne pas avoir manqué de travail au cours de la dernière année, « la situation incite les gens à ne pas accepter autant de contrats aventureux », explique-t-il. La peur de ne pas savoir ce qui peut se passer dans un nouveau contexte s’est définitivement accrue. Cela l’a rendu encore plus conscient de l’importance des espaces sûrs et de la présence d’une communauté pour les personnes queers.

 

PHOTO courtesy Clay Nussey

 

Un homme transgenre de la région (qui a demandé à garder l’anonymat) affirme que, même si la situation est nettement pire aux États-Unis, « ce n’est pas une peur irrationnelle » que de se sentir nerveux au Canada également; bon nombre des lois adoptées obligent les jeunes à la détransition, les empêchent d’avoir accès à des hormones et les empêchent d’avoir accès à des livres ou à une éducation abordant des questions liées au fait d’être une personne queer. « Je ne crois pas que je comprendrai un jour pourquoi les gens ressentent le besoin de contrôler le corps d’autrui », déclare-t-il. Ces lois peuvent être incroyablement frustrantes et difficiles à accepter, surtout si l’on considère que le taux de suicide est nettement plus élevé chez les jeunes transgenres. Cet homme estime qu’il y a un énorme manque de compassion : « J’ai essayé de comprendre les gens, mais c’est quelque chose que je n’ai pas besoin de comprendre, et que je ne veux pas comprendre, parce que je pense que cela va au-delà de l’empathie humaine ».

M. Nussey ajoute qu’il semble que cette année, pour la première fois depuis longtemps, nous ayons régressé en termes de droits des personnes queers, et que « les espaces sûrs sont encore plus importants maintenant qu’ils ne l’ont été au cours des dernières années ». Les espaces sûrs pour les personnes queers ont d’abord été une scène indépendante pour des raisons de protection, mais ils sont aujourd’hui beaucoup plus répandus, le Village gai à Montréal en étant un exemple. « Les espaces sûrs ont toujours été des lieux où les personnes queers se réunissent et passent du bon temps, mais où elles ont aussi l’impression de pouvoir être elles-mêmes ». Certains pensent qu’il ne s’agit que d’une scène festive, mais M. Nussey réaffirme qu’il s’agit d’endroits où les gens se rendent pour trouver leur famille queer.

« Je pense qu’il s’agit simplement d’une question d’éducation. Je pense que le plus important, c’est de s’informer et de chercher des ressources, de demander à des personnes queers », affirme M. Nussey en ce qui concerne la manière dont les gens peuvent être mieux informés et sensibilisés à ces questions, en particulier dans les zones rurales.

L’homme anonyme ajoute que les personnes queers existent partout, même dans la région, où elles sont souvent oubliées : « Nous faisons notre travail, nous cuisinons à la maison et nous vivons notre vie, dit-il. Nous sommes là, nous avons toujours été là et nous serons toujours là »! Il ajoute que même si tout le monde ne comprend pas l’expérience des personnes transgenres ou queers, « nous pouvons tous faire preuve d’empathie ».

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