Le 15 mai, le gouvernement du Québec a annoncé son intention de compenser la tarification carbone agricole pour plus de 15 500 producteurs.
Dans un discours diffusé sur les réseaux sociaux, la première ministre Christine Frechette a indiqué que les agriculteurs pourraient commencer à recevoir des remboursements dès le mois de juillet. « Ça va être activé. Il n’y a aucune démarche à faire, aucune paperasse à remplir, » a promis Mme Fréchette.
Le gouvernement a alloué un budget de 87 millions $ à La Financière Agricole du Québec (FADQ) pour mettre en place un programme visant à rembourser automatiquement les producteurs en fonction de leurs dépenses liées au carbone pour les années 2024 et 2025.
Cette mesure reconnaît que les entreprises agricoles doivent faire face à des coûts d’exploitation élevés, notamment en matière de carburant. Les objectifs du programme visent non seulement à réduire le fardeau financier des agriculteurs, mais aussi à soutenir la compétitivité globale du secteur dans tous les types de production.
La Fédération de l’Union des Producteurs Agricoles (UPA) de la Montérégie n’a pas tardé à saluer l’annonce du gouvernement, tout en félicitant Mme Frechette d’avoir agi rapidement pour tenir un engagement pris pendant sa campagne visant à remplacer François Legault à la tête de la Coalition Avenir Québec et au poste de premier ministre.
Qualifiant cette annonce de « pas important dans la bonne direction », la fédération régionale a estimé que ce nouveau programme répondait clairement aux demandes formulées par l’UPA et la communauté agricole au cours de l’année écoulée.
« Le gouvernement reconnaît une fois de plus que les producteurs agricoles subissent un désavantage compétitif important lié à la tarification carbone et qu’il doit corriger la situation. C’est un signal positif pour notre secteur et nous saluons la volonté de la première ministre d’agir rapidement », a déclaré le président de la fédération, Jérémie Letellier.
Le volet financier comprend 41 millions $ pour les dépenses de 2024 qui seront remboursées en 2026, ainsi que 46 millions $ pour les coûts engagés en 2025 qui seront remboursés aux agriculteurs en 2027. Le montant accordé à chaque entreprise sera calculé en fonction des dépenses de carburant les plus récentes déclarées dans le cadre des programmes AGRI de la FADQ. Les entreprises admissibles doivent être inscrites à l’un des programmes AGRI de la FADQ et avoir déclaré leurs dépenses de carburant pour recevoir un remboursement.
L’UPA critique le fait que les coûts liés au gaz naturel ne seront que partiellement compensés et que seuls les producteurs inscrits à l’un des programmes AGRI sont admissibles. Le syndicat s’inquiète également du fait que le programme soit temporaire et limité aux deux prochaines années.
« L’engagement pris par la première ministre durant la course à la chefferie était clair : rembourser intégralement et de façon permanente les coûts de la bourse du carbone assumés par les producteurs agricoles », a déclaré M. Letellier, avant de préciser que le syndicat continuera de faire pression sur le gouvernement pour qu’il trouve une solution à long terme.
Soutien aux jeunes producteurs
Mme Frechette a également annoncé des mesures visant à accroître le soutien à la prochaine génération de producteurs. « C’est essentiel qu’on ait une relève agricole forte est bien en place, alors on va augmenter de 30% le soutien financier pour la relève agricole », a-t-elle déclaré, faisant référence à un investissement de 8,8 millions $ destiné à renforcer le Programme d’appui financier à la relève agricole (PAFRA).
Ce programme soutient les jeunes agriculteurs de moins de 40 ans qui créent une nouvelle exploitation, acquièrent une entreprise existante ou suivent une formation agricole. Cette augmentation portera le montant maximal de la subvention dans le cadre du programme, qui n’avait pas été ajusté à l’inflation depuis plus de dix ans, de 50 000 $ à 65 000 $.
« Les agriculteurs et les agricultrices jouent un rôle essentiel : ils nourrissent les Québécois. Pour qu’ils fassent ce qu’ils font de mieux, on doit les soutenir », a ajouté Mme Frechette, tout en indiquant que le gouvernement s’engageait à protéger son autonomie alimentaire en formant une nouvelle génération d’agriculteurs solides, capables de relever les défis à venir.
Mme Frechette a signalé qu’en plus de ce financement supplémentaire, le gouvernement allait supprimer la distinction entre agriculteurs à temps plein et à temps partiel. « Il y a juste une grande catégorie qui va rallier tout le monde, la relève, point à la ligne », a-t-elle expliqué.
« Ça fait dix ans que je m’implique au sein de la FRAQ, et ça fait encore plus longtemps qu’on demande une révision du programme », a déclaré l’éleveur laitier David Beauvais, qui est également président de la Fédération de la Relève Agricole du Québec.

« La bonification de la subvention représente une véritable reconnaissance du rôle essentiel de la relève dans la pérennité de notre agriculture et, ultimement, de notre garde-manger collectif », a ajouté M. Beauvais, tout en saluant l’annonce du gouvernement.
La FRAQ a également souligné que la suppression de la distinction entre les agriculteurs travaillant à temps plein ou à temps partiel dans leur exploitation reflète mieux la réalité de nombreux jeunes producteurs. Le statut à temps plein était déterminé par la proportion des revenus provenant d’un emploi extérieur et le nombre d’heures travaillées hors de l’exploitation, ce qui avait auparavant une incidence sur le montant du financement disponible.
« Comme relève agricole qui s’est démarrée depuis quelques années, mon emploi à temps partiel est nécessaire et sécurisant financièrement, mais ça ne veut pas pour autant dire que je ne suis pas investie à temps plein dans mon entreprise », a déclaré Anouk Caron, éleveuse de bisons et membre du conseil d’administration de la FRAQ.
Selon la FRAQ, environ la moitié de la nouvelle génération d’agriculteurs travaille actuellement en dehors de l’exploitation tout en gérant sa propre entreprise. « La suppression de cette distinction est un pas en avant significatif qui permettra de mieux répondre à nos besoins », a ajouté Mme Caron.

