Iris Delagrange
Les temps sont durs pour beaucoup d’entreprises, petites ou grosses. Mais pour certaines, comme Lucky Harvest, un organisme à but non-lucratif oeuvrant dans le domaine de l’équithérapie (équitation thérapeutique pour petits et grands) et située à Herdman dans la municipalité d’Hinchinbrooke, la survie est déjà, en temps normal, un casse-tête sans fin. Durant tout l’hiver, le centre, qui a été fondé en 1992 par Patricia McGill, est fermé. Seuls les cavaliers courageux bravent le froid qui règne dans le manège de Lucky Harvest, en attendant les beaux jours. Mais les chevaux, eux, ne se mettent pas en pause de décembre à mars. Ils ne se mettent pas non plus en pause lorsqu’un virus humain fait rage autour de leur sanctuaire.
L’organisation abrite et utilise quatre chevaux, dont deux d’un âge vénérable (Dakota, née en 1995 et Star, le doyen, né en 1989) et ceux-ci ont besoin de nourriture (foin bien sec et moulée) et de soins.
Il est important de noter que Lucky Harvest ne bénéficie d’aucune subvention du gouvernement provincial, contrairement aux centres se trouvant dans la province voisine de l’Ontario.
L’organisation, qui ne compte qu’une employée, Louise Lacey, professeure en chef, ne fonctionne que grâce aux leçons, aux adhésions annuelles et aux dons.
Chaque année, c’est la même bataille: les cavaliers sont de retour -nouveaux comme anciens- mais les dons en argent et en matériel sont plus difficiles à aller chercher. La vente de printemps qui devait avoir lieu ces jours-ci a bien sûr été annulée.
Lorsque nous avons joint Louise Lacey, qui s’apprêtait à démarrer la saison et à accueillir les cavaliers et leurs familles, s’est confiée à nous avec une certaine inquiétude. Le centre venait officiellement, au vu des mesures annoncées par le gouvernement, de fermer.

“Malheureusement, je pense que nous allons être les derniers à ré-ouvrir, vu que nos leçons demandent un contact physique étroit et que nous accueillons beaucoup de familles et personnes venant de différentes régions,“ explique t-elle à propos de la nature même du centre équestre. En effet, pour les cavaliers les plus dépendants, trois personnes sont nécéssaires au bon déroulement d’une séance: Louise et deux bénévoles: un menant le cheval et l’autre entourant le cavalier, dans certains cas le tenant même par une ceinture spéciale.
Selon la définition de la Fédération Québécoise d’Équitation Thérapeutique (FQET), l’équitation thérapeutique est un terme générique pour désigner toutes formes d’activités équestres conçues à l’intention des personnes ayant une déficience et qui mettent l’accent sur l’apprentissage de techniques fonctionnelles d’équitation à des fins thérapeutiques. Dans ce contexte, le cheval tient lieu d’assistant au cavalier et à son instructeur et les aide à parvenir à leurs objectifs.
Le centre demeurera donc fermé au public mais un petit groupe de bénévoles continuera de s’y rendre quotidiennement afin de prendre soin des chevaux, qui passent du temps dehors tout au long de l’année et dont le box doit être nettoyé chaque jour. Ceux-ci suivront scrupuleusement les mesures d’hygiène, ce qui rajoutera du travail et empêchera d’autres préparations en vue d’une réouverture possible plus tard dans la saison.
En conséquence, Lucky Harvest a besoin de bénévoles. Les résidents de la Vallée qui sont en bonne santé et n’ont pas plus de 70 ans peuvent, s’ils le désirent, offrirent leur aide. Même les adolescents, s’ils s’ennuient, peuvent le faire!
En ce qui concerne les problèmes de financement, Lucky Harvest demande aux familles qui paient leurs leçons d’avance de ne pas demander de remboursements tout de suite, sauf si nécéssaire bien évidemment. Les cavaliers pourront rattraper les leçons “perdues” lorsque le centre réouvrira ses portes.
En ce qui concerne les chevaux, les besoins sont assez urgents: “Nous achetons du bon foin sec et sans moisissures pour nos chevaux âgés mais avec la mauvaise saison agricole de l’automne passé et les prix élevés, c’est compliqué en ce moment.” Si vous connaissez quelqu’un qui est en mesure de faire une donation de balles de foin, donnez-lui le numéro de téléphone pour rejoindre Louise Lacey: 514-892-0600.
Nous sommes en temps de crise à cause d’un virus, oui. Mais ce que cette période mets en lumière est un système fragile dans lequel beaucoup d’organisations, souvent non-subventionnées et tenant debout grâce au dévouement de leur conseil d’administration et de ses fidèles bénévoles, répondent à des besoins essentiels mais peu connus et survivent déjà à peine en “temps normal”. Alors lorsque la société toute entière se retrouve chamboulée, comme c’est le cas en ce moment, ce sont peut-être les organisations comme Lucky Harvest qui ont le plus besoin d’aide.
“La perte de cette activité qui procure aux cavaliers handicapés un grand sentiment de fierté et d’accomplissement a un grand impact sur les familles qui doivent déjà gérer des situations difficiles à la maison. Beaucoup de jeunes cavaliers ne comprennent pas pourquoi ils ne pourront pas voir leur amis à quatre pattes cette saison.” conclut Louise.
Pour contacter Lucky Harvest, faire un don ou offrir vos services en tant que bénévole, écrivez à luckyharvestproject@gmail.com ou allez sur la page GoGundMe de LH: https://www.gofundme.com/f/lucky-harvest-equine-therapy

